
Comment l’émergence des outils numériques a-t-elle transformé notre lecture des territoires régionaux ? Les atlas historiques régionaux se caractérisent par deux composantes essentielles. D’une part, ils rassemblent des données généralement multithématiques présentées sous forme de cartes accompagnées de textes et parfois de graphiques. D’autre part, ils s’intéressent à des cadres spatiaux restreints, d’échelle moyenne. En France, leur production a surtout démarré dans les années 1960. Or, à partir des années 1980-1990, la cartographie historique a délaissé la planche à dessin pour l’ordinateur. La digitalisation des fonds de cartes, le traitement automatisé de bases statistiques, l’affichage graphique en direct des résultats sur écran, puis les développements géomatiques et numériques, ont modifié notre façon de travailler sur la dimension spatiale et de concevoir des stratégies collectives de recherche dans ce domaine. De nouveaux atlas historiques régionaux, accessibles via Internet, ont introduit un rapport à la diffusion du savoir bien spécifique, notamment en matière de science ouverte et d’actualisation des contenus. D’autre part, le rapport à la sélection d’un espace d’étude restreint, « régional », se trouve bouleversé par la mutation des cadres territoriaux d’échelle moyenne, entre décentralisation, fusions et intégration européenne. La pertinence heuristique du terrain d’étude régional mérite alors d’être réinterrogée.
Ce numéro dirigé par Stéphane Gomis et Vincent Flauraud donne à lire une introduction et six articles consacrés aux atlas historiques régionaux : Le Languedoc, le Limousin, l'Auvergne, la Savoie, l'Alsace, la Bretagne sont passées au crible de ces outils, donnant à voir ces régions sous un autre angle.
