Voyage à huis clos

Un réseau d’intermédiaires au service de la constitution d’un cabinet d’histoire naturelle : le cas de Jean-Baptiste d’Allard

Journey behind closed doors: A network of intermediaries in the service of the constitution of a natural history cabinet: the case of Jean-Baptiste d’Allard

DOI : 10.52497/viatica2304

Résumés

Alimentés par les expéditions savantes des xviiie et xixe siècles, les cabinets d’histoire naturelle entretiennent des liens étroits avec le voyage. L’article se propose d’étudier les différents aspects de cette relation en prenant l’exemple de Jean-Baptiste d’Allard. Son cabinet devient au fil des années le noyau d’un vaste réseau d’échanges lui permettant d’acquérir de nombreux spécimens exotiques. Les galeries de sa collection proposent une déambulation entre ces objets évocateurs de contrées lointaines et souvent mystérieuses, invitant ainsi les visiteurs à un voyage à huis clos. Cette pratique n’est pas jugée paradoxale au xixe siècle. Elle se révèle au contraire une étape complémentaire, voire nécessaire pour entreprendre par la suite un voyage éclairé.

Fueled by the scholarly expeditions of the eighteenth and nineteenth centuries, natural history cabinets have close ties with travel. This article examines the different aspects of this relationship by taking the example of Jean-Baptiste d’Allard. Over the years, his cabinet became the nucleus of a vast network of exchanges that allowed him to purchase numerous exotic specimens. The galleries of his collection offer a stroll among these objects evocative of distant and often mysterious lands. The practice of travelling behind closed doors was not considered paradoxical in the nineteenth century. On the contrary, it proved to be a complementary step, even necessary to undertake an enlightened journey.

Index

Mots-clés

Allard (Jean-Baptiste d’), cabinet d’histoire naturelle, objet voyageur, réseau, propédeutique.

Keywords

Allard (Jean-Baptiste d’), natural history cabinet, nomadic object, network, Propaedeutic.

Plan

Texte

En 1984 paraît un petit ouvrage dédié à la région du Forez et aux hommes qui ont contribué à la bâtir1. Son auteur, Claudius Rochigneux, s’arrête un temps sur la figure de Jean-Baptiste d’Allard (1769-1848), collectionneur d’histoire naturelle originaire de Montbrison. La description de son domaine s’avère relativement pompeuse et c’est un ensemble presque princier qui défile sous nos yeux au cours de cette lecture. L’auteur s’attarde sur le jardin qui jouxte l’hôtel particulier, au milieu duquel on peut distinguer une silhouette singulière : une version réduite du navire royal La Gloire agrémente le domaine de Jean-Baptiste d’Allard, reproduite avec une telle fidélité que ses quatre-vingts canons et tous ses gréements y sont figurés. Il est délicat dans ce récit de distinguer la réalité de la légende. Le navire n’est pas mentionné dans les autres sources consultées2, et il est fort probable que l’affection portée au Forez ait poussé l’auteur à quelques extrapolations. La mention d’un navire trônant au milieu du domaine des époux d’Allard reste toutefois significative. Elle résume par une image saisissante tous les liens qui existent entre collections d’histoire naturelle et voyages savants, les pôles constitutifs du savoir naturaliste3.

Ces pôles articulent deux figures a priori opposées : le naturaliste de cabinet et le naturaliste de terrain. Dès le xviie siècle, le premier tente d’encadrer les pratiques du second en publiant diverses instructions concernant les lieux de collecte, la méthode à suivre pour prélever un échantillon recherché ou encore la manière de procéder lors du transport de l’objet. Cette rationalisation progressive du voyage débute en Angleterre, où le chimiste Robert Boyle publie dès 1692 les General heads for the natural history of a country, great or small4. En France, la création de l’Académie Royale des Sciences (1666) suscite des préoccupations similaires qui semblent encore s’accroître au xviiie siècle avec la création de postes destinés à l’alimentation des collections du Cabinet du Jardin du roi5. Cette subordination progressive du voyage à la science culmine au xixe siècle, la Révolution française accentuant la volonté de rendre les collections nationales aussi exhaustives que possible et donc de rationaliser les voyages savants6. Des liens étroits se nouent ainsi entre le voyage, la science et par extension les cabinets d’histoire naturelle, où sont réorganisés les objets ramenés au gré des expéditions. Contrairement au cabinet du curieux, où le désordre et l’hétéroclite sont acceptés pour peu qu’ils offrent une vision esthétique, le collectionneur d’histoire naturelle doit se plier à une méthodologie irréprochable lors de la disposition de ses objets. L’arrangement de chacun des trois règnes est ainsi dicté par des classifications scientifiques mettant en scène l’ordre idéal de la Nature7.

Jean-Baptiste d’Allard s’inscrit dans la tradition du naturaliste sédentaire. S’il œuvre à la constitution d’un cabinet rassemblant de nombreux objets exotiques, il n’a rien d’un aventurier. Né à Montbrison en 1769, il est le dernier d’une fratrie composée par ailleurs de trois sœurs8. Placés sous la tutelle d’Antoine Chavassieu à la suite de la mort prématurée de leurs parents, les enfants sont envoyés dans des établissements distincts. Les études ne semblent guère enchanter le jeune homme, et il quitte dès que possible le collège de la Trinité de Lyon pour débuter une carrière militaire. Il est encore en poste à Rennes lorsqu’éclatent les troubles révolutionnaires. Son obédience politique est alors peu claire, bien qu’il semble avoir eu des sympathies pour le camp royaliste. Brièvement emprisonné durant la Révolution, il ne revient à Montbrison qu’en 1795 pour s’y établir durablement avec sa femme Marie-Pierrette de Sainte-Colombe. Le couple y fonde un domaine où il semble couler des jours heureux. Jean-Baptiste d’Allard voyage peu et se complaît dans une sédentarité sécurisante, œuvrant dès 1800 à constituer une collection d’histoire naturelle qu’il continue à enrichir jusqu’à sa mort.

Figure 1 : Buste de Jean-Baptiste d’Allard, 30 cm, collection Maison d’Allard.

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© Musée d’Allard, S. Montagnier, 2008.

 

Dans ce contexte, le cabinet d’histoire naturelle se présente comme une forme de substitution à un voyage physique désormais inutile. L’espace clos de la collection agit comme un lieu de tension entre le trajet concret des objets et le déplacement mental, presque métaphorique, qui est entrepris par le naturaliste sédentaire.

Les fonds conservés aux archives départementales de la Loire, et plus particulièrement les lettres échangées entre Jean-Baptiste d’Allard et les intermédiaires qu’il sollicite pour ses achats apportent de nombreux éléments quant à cette pratique singulière du voyage. Elles se complètent d’un inventaire rédigé par le Forézien sous la forme de plusieurs folios, un travail ultérieurement poursuivi de façon anonyme par le biais de cinq volumes qui apportent des détails supplémentaires sur la provenance et la nature des objets collectionnés. Enfin, un registre manuscrit des visiteurs ayant eu accès à la collection a pu être exhumé aux archives de la Diana9, permettant de déterminer avec précision la fréquentation du cabinet au fil des années.

L’objet voyageur

S’intéresser à l’histoire des objets naturalistes revient à articuler leur espace de collecte à celui de leur classification, ainsi qu’à suivre le voyage qui les fait transiter d’un lieu à l’autre10. Il est des collections pour lesquelles ce trajet est bien connu, parce qu’elles sont plus prestigieuses ou parce que l’expédition chargée de ramener des échantillons a été dûment documentée. Ce n’est généralement pas le cas du cabinet de Jean-Baptiste d’Allard. Plus que l’objet en lui-même, c’est le spécimen11 qui intéresse le Forézien, soit l’individu capable de donner un exemple représentatif d’un groupe plus vaste. Sa trajectoire n’est donc évoquée qu’en pointillé dans les archives consultées. Les acteurs entrant en jeu dans le déplacement de ces objets sont en revanche bien connus grâce à une correspondance abondante. Au fil des années, le collectionneur constitue un réseau d’amis, de spécialistes et de marchands qui illustrent la mise en place d’une véritable stratégie de captation.

La diversité des spécimens conservés au sein du cabinet d’Allard témoigne de l’efficacité de ce réseau. À sa mort, la collection rassemble un total de près de six mille pièces d’histoire naturelle et d’ethnographie12. Elle est particulièrement riche en minéraux (plus de 2000 pièces). Les oiseaux sont également très bien représentés (1200 pièces environ), ce qui semble dû aux préférences personnelles du collectionneur. À l’inverse, les mammifères ne dépassent pas le nombre de quatre cents, les plus gros spécimens n’étant présents que sous forme de fragments13. Le cabinet de Jean-Baptiste d’Allard comprend donc des représentants des règnes minéral, végétal, animal et humain, le tout rattaché à un cabinet de physique et à une bibliothèque. La collection forézienne ne peut toutefois être appréciée dans sa totalité sans aborder les jardins, qui sont à considérer comme une extension à part entière du cabinet. Aménagés selon la tradition française, ils comportent une orangerie et une serre chaude où Jean-Baptiste d’Allard prend plaisir à s’essayer à l’acclimatation d’espèces exotiques. En termes d’agrément, le visiteur peut se perdre dans les grottes, admirer la pagode chinoise, ou visiter la ménagerie qui abrite des animaux aussi insolites qu’un marabout14. Si certains spécimens sont issus du sol français, voire du domaine lui-même lorsque le Forézien décide d’empailler les animaux ayant trouvé la mort dans sa ménagerie, ils proviennent majoritairement de territoires lointains. Le sous-genre des singes comprend par exemple une trentaine d’individus, dont treize d’Amérique du Sud, onze d’Afrique, et huit d’Asie du Sud-Est.

Figure 2 : Concours régional de Montbrison, Inauguration du jardin d’Allard, estampe.

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Fonds patrimonial, médiathèque municipale de Saint-Étienne, FAR FPA661 – 14(4).

© Ville de Saint-Étienne.

 

La captation de spécimens à une si large échelle est facilitée par le contexte commercial de l’époque15. La libéralisation du commerce ainsi que son intensification progressive permettent de bénéficier de voies commerciales préétablies, le collectionneur se contentant d’investir des points d’échange importants tels que Marseille, Paris ou Lyon, où se trouvent ses correspondants les plus réguliers. Les premiers acteurs à composer le réseau du collectionneur sont assimilables aux « intermédiaires de savoir16 », qui sont les détenteurs des connaissances relatives aux produits d’histoire naturelle. Dans le cas du Forézien, ils ne se contentent pas de le renseigner sur la manière de conserver des espèces ou d’organiser sa collection : Jean-Baptiste d’Allard tente de se fournir chez eux autant que possible, notamment lorsqu’ils occupent des postes institutionnels. À Paris, il noue des relations avec Louis Dufresne, qu’il rencontre dès 1813 par le biais de son ami Georges Thomé de Saint-Cyr17. Cet interlocuteur se révèle un auxiliaire précieux : aide naturaliste au Muséum national d’Histoire naturelle18, il est en mesure de fournir un certain nombre de spécimens à Jean-Baptiste d’Allard, mais aussi de lui prodiguer des conseils sur leur classification scientifique. En 1819, le Forézien visite Louis Dufresne dans la capitale et fait réaliser à cette occasion plusieurs étiquettes pour sa collection19. À Marseille, il entretient également des contacts avec les institutions publiques par le biais de Polydore Roux, directeur du Muséum de la ville depuis 1819 : il acquiert plusieurs pièces issues de son cabinet.

Ces relations se complètent d’échanges assidus avec des collectionneurs particuliers. Parmi eux, le Parisien Léonard Dupont20 semble avoir été l’un de ses principaux fournisseurs. Ce dernier est amené à former une collection conséquente à la suite du voyage qu’il entreprend en Afrique du Nord, et l’analyse de l’inventaire du cabinet de d’Allard nous informe qu’il lui fournit au moins soixante-six spécimens pour la seule catégorie des mammifères. Le même inventaire révèle des apports très importants de Pierre Augustin Hauville21, marchand et amateur basé au Havre. L’assimilation de ces particuliers à des « intermédiaires de savoir » auxquels Jean-Baptiste d’Allard accorde une confiance aveugle est par ailleurs source de quelques déboires : le Forézien s’expose à des fraudes qui expliquent la présence de faux au sein de sa collection. Le naturaliste Pierre Boitard, qui se plaît à expérimenter de nouvelles techniques de taxidermie, révèle dans son Nouveau Manuel complet du naturaliste préparateur22 l’envoi de fausses momies égyptiennes à Montbrison.

La correspondance de Jean-Baptiste d’Allard inclut également une série d’acteurs plus spécialisés dans la connaissance de la marchandise. Ils servent généralement de truchements entre les savants et les acheteurs, et le Forézien développe à leur égard des tactiques commerciales qui varient au fil du temps. Si l’objet est déjà présent sur le territoire français, il recourt volontiers à des marchands grossistes. Cette méthode limite toutefois le collectionneur en le rendant tributaire des stocks disponibles. Abel de Vichy le met en garde dès 1829 contre une telle pratique d’acquisition, qui ne saurait convenir à une collection déjà très avancée :

Vous êtes trop avancé dans vos collections pour que les marchands puissent vous servir exactement pour quelques objets que vous pouvez avoir besoin […] ils ne peuvent pas s’occuper de vous seul. Vous vous adressez aussi pour les mêmes objets à beaucoup de personnes à la fois, entre eux il y a une jalousie très prononcée […] je vous conseille de vous arrêter, car l’on ne peut plus rien vous fournir23.

Ce tarissement des marchés est probablement ce qui amène Jean-Baptiste d’Allard à se tourner vers les voyageurs eux-mêmes. En 1828, plusieurs lettres témoignent de sa volonté d’établir des contacts avec ces derniers. Elles nous informent que le collectionneur tente de se procurer un couple d’oiseaux royaux pour les intégrer à sa ménagerie. Face à cette requête assez spécifique, son interlocuteur marseillais, M. Deferre, propose une méthode plus directe :

Je me propose de charger le capitaine du premier navire qui partira pour le Sénégal, ou pour ces contrées-là, de m’en apporter un de l’espèce qui vous manquera ; mais il est à craindre […] que les capitaines n’aiment guère à se charger […] de l’espèce, dans la crainte surtout que les oiseaux ne meurent dans le trajet et qu’ils n’en soient pour leurs déboires24.

Une fois l’objet repéré et acheté, Jean-Baptiste d’Allard s’attelle à le faire parvenir jusqu’à Montbrison. Les acteurs convoqués lors du transport sont trop divers pour que l’on puisse en brosser un portrait exact. Jean-Baptiste d’Allard compte aussi bien sur des taxidermistes tels que Bécœur, basé à Metz, que sur des proches comme sa sœur Nicole de Lyon et Abel de Vichy à Paris qui organisent les transports à plusieurs reprises. À ce réseau de connaissances informelles s’ajoute le recours à des entreprises de roulage pour les trajets les plus longs25. Les prix varient grandement selon le poids des objets ainsi acheminés : en 1822, la maison Dupré Frères et Lambert réclame un montant de 700 francs pour une caisse de 325 kilos. Par comparaison, la maison de roulage Bertrand ne demande que 30 francs et 33 centimes pour deux caisses contenant des « curiosités d’histoire naturelle » de 149 kilos26. Le prix du transport peut donc se révéler conséquent, pour un service que Jean-Baptiste d’Allard juge parfois avec une certaine sévérité. Il transmet souvent de nombreuses recommandations à ses interlocuteurs pour éviter tout dommage durant le transport, s’inscrivant dans la longue tradition du naturaliste de cabinet qui, soucieux des pratiques du voyageur, souhaite les encadrer afin de préserver les échantillons rapportés. Les lettres envoyées au naturaliste lyonnais Decreuse comportent des demandes fréquentes concernant l’emballage des objets, qu’il faut selon lui enrober de coton de tous côtés afin d’éviter un accident malencontreux27. Dans le cas des animaux destinés à la ménagerie, le processus semble être plus complexe. En témoigne le trajet quelque peu mouvementé d’un marabout, que sa sœur Nicole mentionne dans une lettre du 29 octobre 1828 :

Je ne suis point étonnée, mon bon ami, du mauvais état où le marabou [sic] t’es [sic] parvenu et tu ne dois point l’attribuer à George mais à la malheureuse cage où on l’avoit mis qui étoit beaucoup trop petite et où il ne pouvoit lever la tête sans se blesser, déjà ici nous avions vu du sang aux bareaux [sic], sans pouvoir y apporter remède, enfin tu le tient [sic] et il faut espérer que tous ces petits babots [sic] guéris il sera bon garçon et que tu en seras content28.

Le réseau d’intermédiaires de Jean-Baptiste d’Allard illustre l’étendue de la stratégie de captation qu’il met en place au fil des années. En somme, il parvient à transformer sa collection en « centre » tel que le définit Bruno Latour29, soit en lieu à partir duquel il devient possible d’agir à distance afin d’accumuler, conserver et reclassifier des objets ou des données. Plutôt que d’aller vers le monde, Jean-Baptiste d’Allard l’amène à lui. En découle une pratique paradoxale du voyage, qui s’effectue à travers l’objet et au sein des salles closes de son cabinet.

Figure 3 : Semnopithèque douc, primate, Cochinchine.

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Collection musée d’Allard, fonds constitutifs. Inv. : 2012.02.10

© Musée d’Allard, S. Montagnier.

La recréation d’une géographie idéale

À la suite de ce long travail de captation de l’objet, le collectionneur l’inscrit dans un système comparatiste cohérent. Le petit guide rédigé par Philippe Hedde30 à l’intention du visiteur révèle de précieuses informations sur l’organisation du cabinet d’Allard. Ce dernier s’attelle à respecter autant que possible les conseils prodigués par les écrits naturalistes destinés à guider le collectionneur d’histoire naturelle. La Conchyliologie31 d’Antoine Joseph Dezallier d’Argenville conseille ainsi de séparer les différents règnes dans des espaces distincts et de proposer une visite depuis une salle centrale dédiée au règne minéral et au règne végétal. Cette disposition est reprise à la lettre par Jean-Baptiste d’Allard, qui choisit de disposer minéraux et végétaux « dans une salle centrale, où toutes les autres viennent aboutir32 ». La visite se poursuit à travers trois galeries où chaque spécimen est présenté en fonction de son milieu d’origine. Jean-Baptiste d’Allard sépare les « habitants des eaux » (poissons, cétacés, coquilles, vers…), les « habitants de l’air » (oiseaux et papillons) ainsi que les « habitants de la terre » (mammifères et reptiles). Une cinquième et dernière salle clôt la visite. Diverses productions humaines y sont représentées par des artefacts variés : le curieux peut aussi bien y trouver des momies que des objets ethnographiques ou encore des produits manufacturés de la région.

Figure 4 : Momie, homo sapiens sapiens, Égypte.

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Nouvel Empire à Troisième période intermédiaire (1500 – 700 avant J.-C.), collection musée d’Allard, fonds constitutif.

© Musée d’Allard, S. Montagnier.

 

La volonté de se conformer aux modèles conseillés par les spécialistes est confirmée par l’organisation interne de chaque galerie, où les différents spécimens sont agencés en fonction des classifications établies par des naturalistes renommés. La bibliothèque du Forézien est suffisamment riche en la matière pour témoigner d’un intérêt assidu pour la discipline. On y dénombre une soixantaine d’ouvrages dédiés à l’histoire naturelle, auxquels il faut ajouter de nombreux volumes sur la chimie, la physique, mais aussi sur l’agriculture et l’expérimentation botanique. On y retrouve l’Histoire des animaux sans vertèbres, de Lamarck, qui selon Hedde lui sert de modèle pour ses différents vers échinodermes, ainsi que l’Histoire des végétaux de Linné et l’Histoire naturelle des reptiles de Daudin, qui font office de référence pour la classification botanique et herpétologique.

Si ces références scientifiques confèrent une légitimité supplémentaire à Jean-Baptiste d’Allard, ce dernier semble néanmoins s’écarter des tendances généralement observées dans les cabinets d’histoire naturelle du début du xixe siècle. La constitution du cabinet forézien se déroule dans un contexte de raréfaction générale des collections d’histoire naturelle en province. L’Essai de répertoire des cabinets d’histoire naturelle français au xviiie siècle publié par Yves Laissus en 196433 relève que les collections d’histoire naturelle de l’époque sont majoritairement parisiennes. Ce déséquilibre est encore accru par les diverses confiscations réalisées lors de la Révolution française. À cette première tendance s’ajoute un processus de spécialisation dans les cabinets, étudié par Pierre-Yves Lacour34. Ce dernier témoigne de l’amenuisement progressif des cabinets rassemblant des spécimens d’au moins deux règnes. En province, ils représentent 30 % vers 1780, contre 24 % vers 1800. Quant aux cabinets d’histoire naturelle qui contiennent les trois règnes principaux comme celui de Jean-Baptiste d’Allard, ce ne sont que des exemples esseulés35.

La volonté de conserver une démarche généralisante, quitte à s’inscrire à contre-courant de ses contemporains, témoigne d’une interprétation personnelle qui se retrouve jusque dans la présentation de la collection elle-même. Au xixe siècle, les musées d’histoire naturelle impulsent de nouveaux modèles muséographiques qui placent le visiteur au centre des préoccupations : le spécimen doit être facilement visible et la galerie offrir un espace suffisamment large pour permettre une déambulation aisée. Les bibliothèques sont alors rejetées dans des réserves distinctes du lieu d’exposition36. Jean-Baptiste d’Allard choisit au contraire de maintenir cette continuité entre spécimen naturaliste et bibliothèque. Les libertés prises par rapport au modèle de référence expliquent sans doute l’image ambiguë qu’il renvoie à ses contemporains. S’il est encensé par les uns, Philippe Hedde n’hésitant pas à qualifier son cabinet d’histoire naturelle de « monument national37 », il est volontiers moqué par d’autres. Dans ses Historiettes forézienne et vieux souvenirs38, Eugène Rey relate un malheureux incident au cours duquel Jean-Baptiste d’Allard aurait accepté de troquer une magnifique collection de colibris pour une baleine en carton-pâte.

Cette interprétation somme toute assez personnelle de ce que devrait être le cabinet d’histoire naturelle révèle un collectionneur oscillant entre la figure de l’amateur et celle du savant. Mais elle rend surtout le cabinet de Jean-Baptiste d’Allard particulièrement propice à l’évocation du voyage. En effet, l’excès de classification et la surspécialisation au sein d’un cabinet d’histoire naturelle peuvent former un obstacle à l’évocation de l’ailleurs. L’ordre qui en découle rapproche de manière artificielle certains éléments qui ne pourraient cohabiter dans la nature et fausse ainsi la représentation de cette dernière. Cette juxtaposition impossible crée entre l’objet et son lieu de collecte une rupture brutale, renvoyant le visiteur à l’artificialité intrinsèque du cabinet d’histoire naturelle. Jean-Baptiste d’Allard s’efforce au contraire de toujours conserver ce lien entre spécimen et territoire d’origine par le biais des étiquettes, ces dernières comportant systématiquement le nom scientifique ainsi que la provenance de l’animal. Dès lors, l’objet renvoie de manière métonymique au territoire dont il est issu.

Le choix d’une représentation généraliste peut également être considéré comme une manière de proposer un voyage imaginaire à travers l’entièreté du monde connu, proposant au spectateur de déambuler au sein d’une géographie idéale où l’esprit humain aurait fini par triompher du désordre naturel. Cette idée d’un voyage à huis clos a probablement séduit Jean-Baptiste d’Allard. Il opte, comme on l’a vu, pour une existence sédentaire : ses déplacements sur le territoire français sont relativement limités. Il visite sa famille à Lyon et à Roanne, fréquente parfois Paris, participe au tourisme naissant des stations balnéaires en se rendant à Aix-les-Bains, et pousse une fois jusqu’à Genève, à l’été 181039. Son plus long périple date de 1806, lorsqu’il part à Metz en compagnie de son beau-frère pour recevoir un héritage. On possède de nombreuses traces de ces déplacements, le Forézien échangeant à ces occasions de nombreuses lettres avec ses proches. Les témoignages que l’on recueille de ses pérégrinations expriment un enthousiasme modéré à l’égard de la pratique du voyage. Lors de son retour de Metz, il adresse depuis Chalon une autre lettre à son épouse. Le ton y est amer :

Rassure-toi sur ma santé, […] je me porte bien. Ton frère, qui voudroit m’inspirer du goût pour voyager prétend que j’ai engraissé. Il n’en est pas de même de ma pauvre bourse ; elle a terriblement maigri en voyageant et elle est aujourd’hui comme celle de M. de Maubon bien étique. Dieu veuille lui conserver la vie jusqu’à Montbrison40.

À l’inverse, un attachement très fort lie le Forézien à son domaine et à son entourage. De fait, les événements révolutionnaires semblent grandement marquer Jean-Baptiste d’Allard, et les troubles politiques de la première moitié du xixe siècle suscitent en lui des réactions angoissées. Aussi déclare-t-il à son ami Abel de Vichy, en 1816 :

Pour moi qui ai aussi peu d’ambition que de mérite, je me vois avec joie éloigné de tout emploi public ; et me consolant sans peine de mon insuffisance et de mes infirmités, je destine gaiement le reste de ma vie à planter mes choux dans ma solitude. Mon jardin, ma serre, ma volière, mon cabinet se forment peu à peu, acquièrent chaque jour plus d’intérêt et me préparent pour mes vieux jours qui s’approchent rapidement des jouissances qu’on ne trouve pas à un âge avancé dans les honneurs et les distinctions du monde41.

Si Jean-Baptiste d’Allard n’a pas vécu en ermite, il semble se satisfaire du voyage imaginaire proposé par son cabinet. Cette attitude n’est pas une excentricité. Georges Cuvier exprime des considérations similaires lorsqu’il refuse d’accompagner Bonaparte en Égypte. S’estimant alors entouré de la plus belle collection qui existe, il se refuse à entreprendre un périple qui ne lui serait d’aucune utilité42. Comme le résume Dorinda Outram43, le voyageur ne pouvant que parcourir une route étroite, ses connaissances sont vouées à demeurer lacunaires ; et les conditions de déplacement étant parfois fort difficiles, ses conclusions scientifiques s’en retrouveraient potentiellement erronées. L’homme de cabinet peut au contraire embrasser l’univers d’un seul regard tout en conservant l’objectivité scientifique nécessaire. En somme, le naturaliste immobile voyage mieux et en quelque sorte plus loin que l’homme de terrain.

Figure 5 : Chouette, île de la Trinité.

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Collection musée d’Allard, fonds constitutif.

© Musée d’Allard, S. Montagnier.

Le cabinet, une destination de voyage

Il convient enfin d’analyser le rayonnement de la collection forézienne, la fréquentation du cabinet d’Allard permettant de jauger le goût de ses contemporains pour l’ailleurs. Le cabinet reçoit fréquemment de nombreux curieux venus admirer les spécimens qu’il renferme. Le Forézien prend soin d’inscrire dans un registre le nom, la date de passage, la profession et la provenance des différents visiteurs. La première entrée de cet épais volume manuscrit date du 25 septembre 1832. Il continue à s’enrichir après la mort du collectionneur par l’intermédiaire de Marie Perret, à qui Jean-Baptiste d’Allard laisse le soin de veiller à la bonne conservation de sa collection. Il offre une liste complète de la fréquentation du cabinet jusqu’en 1876 et peut donc être appréhendé comme un observatoire des mobilités régionales et européennes. La notice rédigée par Philippe Hedde témoigne d’un accueil courtois, Jean-Baptiste d’Allard n’hésitant pas à accompagner son hôte pour lui offrir des éclaircissements sur la collection, selon une démarche pédagogique qui répond aux préoccupations de ses contemporains :

L’état actuel de la civilisation, et l’instruction beaucoup plus répandue ont porté tous les esprits à l’acquisition de connaissances qui jusqu’à présent étaient restées dans le domaine de la haute science ; de-là la nécessité d’une réunion aussi complète que possible de tous les produits de la nature et des arts, et par suite le besoin de la création d’un cabinet d’histoire naturelle, et des collections des produits des arts dans chaque ville un peu populeuse, où chacun soit à même d’observer et de s’instruire44.

Afin de rendre compte de la fréquentation du cabinet forézien, l’année 1833 a été prise comme exemple-type. Les données concernant l’année 1832 sont trop lacunaires pour être analysées ; les années postérieures à 1840 font quant à elles état d’une baisse soudaine du nombre de visiteurs, certainement attribuable à la santé déclinante des deux époux d’Allard. Dès 1833, plus de 550 curieux parcourent ces galeries d’histoire naturelle. Parmi eux, une petite centaine est issue de Montbrison même, tandis qu’une majorité provient de l’actuelle région Auvergne-Rhône-Alpes (plus de 250). À ces mobilités internes à la région, il faut également ajouter les curieux originaires de l’actuelle région Provence-Alpes-Côte d’Azur (environ 50). Les visiteurs restants sont issus de régions géographiquement plus disparates. On remarque la présence de quelques Parisiens (une vingtaine), ainsi que de trois Suisses résidant à Genève et de deux Italiens (Gênes et Venise). Les données relatives aux années comprises entre 1833 et 1840 sont relativement similaires, qu’il s’agisse du nombre total de visiteurs ou de leur provenance. La fréquentation du cabinet d’Allard semble donc avoir été relativement stable pendant une dizaine d’années.

À titre de comparaison, le registre tenu par le naturaliste strasbourgeois Jean Hermann indique que son cabinet reçoit en moyenne la visite de 50 à 150 curieux par an entre 1762 et 180045. Nous ne pouvons que formuler des hypothèses face à une telle disparité. La première serait qu’Hermann sélectionne davantage ses visiteurs. Cela semble peu probable, la réputation de son cabinet étant au contraire celle d’un établissement ouvert pour satisfaire à la volonté didactique de son propriétaire. Il ne faut pas non plus écarter l’hypothèse d’une tenue moins assidue du registre : s’il note scrupuleusement les individus, même les anonymes, il ne renseigne en revanche pas toujours la profession des visiteurs, tandis que cette mention est presque systématique dans le volume de Jean-Baptiste d’Allard. Mais il est également possible que cette disparité numérique reflète la progressive démocratisation de ce type de collection entre la deuxième moitié du xviiie et le premier tiers du xixe siècle, les cabinets s’ouvrant alors à un public plus vaste et moins spécialisé.

Entre 1790 et 1800, Hermann reçoit la visite de 23 savants par an en moyenne46, auxquels doivent être ajoutés une majorité d’étudiants ainsi que de curieux issus des élites urbaines. À l’inverse, le cabinet de Jean-Baptiste d’Allard accueille seulement une petite dizaine de naturalistes et de botanistes pour chacune des années consultées. Parmi ceux-ci figurent quelques personnalités importantes comme Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, alors président de l’Académie royale des Sciences, qui visite la collection le 4 août 1833. Mais la majorité des visiteurs se compose plutôt de néophytes désirant s’initier à l’histoire naturelle et à ses mystères. Les professions indiquées dans le registre étonnent par leur diversité : toutes les classes sociales sont représentées, du riche propriétaire à l’ouvrier modeste. L’analyse comparative des fréquentations respectives de ces deux collections témoigne donc de la transition d’un public spécialisé à un public de curieux. Une partie de cette évolution peut être expliquée par la situation géographique et les activités professionnelles de chacun des deux collectionneurs : Jean Hermann étant professeur à Strasbourg, il jouissait très certainement d’une plus grande légitimité dans la communauté naturaliste de son époque. Mais la différence paraît trop importante pour n’être pas également corrélée à une modification sociétale plus profonde, celle d’une culture du voyage47 qui tend progressivement à s’imposer. Jean-Baptiste d’Allard est à la fois l’héritier et le propagateur de cette culture : son cabinet n’est plus seulement le témoignage d’une subordination du naturaliste de terrain au naturaliste sédentaire, mais également un lieu de dialogue où s’articulent des manières complémentaires de voyager.

Lorsque Jean-Baptiste d’Allard meurt en 1848, sa collection est léguée à la ville de Montbrison. La commune se montre toutefois réticente et en confie dans un premier temps la gestion à Marie Perret, usufruitière de la demeure et chargée par le Forézien de la bonne conservation de ses objets. Ce n’est qu’en 1880 que la mairie prend pleinement possession du musée. Débute alors une autre histoire, au cours de laquelle les collections se voient progressivement enrichies par l’apport d’autres types de productions, formant ainsi les fonds du musée d’Allard tel que nous le connaissons aujourd’hui.

Les rapports que ce lieu entretient avec le voyage ont évolué au fil du temps. Il faut en effet choisir entre la conservation de la collection d’histoire naturelle et la collection en tant que document historique. Privilégier la première solution implique de poursuivre les acquisitions de spécimens et de maintenir le cabinet en tant que centre autour duquel gravite un réseau de mobilités. Une telle politique entraîne la disparition potentielle des objets originels au fur et à mesure que sont découverts des spécimens plus aptes à représenter les différents règnes de l’histoire naturelle. La collection historique est dès lors appelée à s’étioler, au profit sans doute d’un plus grand respect de l’état d’esprit du collectionneur, mais au détriment de la valeur documentaire d’un objet susceptible d’exemplifier les procédures de naturalisation au xixe siècle. Dans le cas du musée d’Allard, la seconde approche est privilégiée : c’est donc la collection historique qui est aujourd’hui visible entre les murs de l’institution. Il en découle une rupture entre le cabinet et son ancienne fonction de « centre », celui-ci n’exerçant plus aucun pouvoir de captation sur les objets provenant de territoires éloignés. Immobilisées, les collections renvoient toutefois toujours à un ailleurs fantasmé. S’y ajoute désormais un autre voyage, temporel cette fois, au cours duquel le visiteur est invité à découvrir la vie d’un collectionneur au xixsiècle48.

1 Claudius Rochigneux, Le Forez de nos ancêtres, Montbrison, Groupe familial des descendants et alliés des Rochigneux, 1984.

2 Pour les détails relatifs au jardin, voir Benjamin Gurcel, Jean-Baptiste d’Allard (1769-1848), Une vie forézienne et son héritage, Montbrison

3 Bertrand Daugeron, Collections naturalistes entre science et empires (1763-1804), Paris, Publications scientifiques du Muséum national d’Histoire

4 Robert Boyle, General Heads for the Natural History of a Country, Great or Small, Drawn out for the Use of Travellers and Navigators, Londres, John

5 Buffon crée notamment une fonction de « correspondant du Cabinet du Jardin du roi », associé à une pension, pour encourager l’apport de nouveaux

6 Hélène Blais, « Le rôle de l’Académie des sciences dans les voyages d’exploration au XIXe siècle », La Revue pour l’histoire du CNRS [En ligne] DOI

7 Pour recontextualiser les cabinets d’histoire naturelle dans une histoire plus générale du collectionnisme, voir : Krzysztof Pomian

8 Benjamin Gurcel, Jean-Baptiste d’Allard (1769-1848), Une vie forézienne et son héritage, opcit., p. 18.

9 La Diana est la Société historique et archéologique du Forez. Fondée en 1863, elle a pour but la conservation et la valorisation de plusieurs

10 Bertrand Daugeron, Collections naturalistes, opcit., p. 16.

11 Ibid.

12 On doit ajouter à cette collection d’histoire naturelle et d’objets ethnographique un ensemble de près de 400 médailles et bronzes anciens (voir

13 Archives du Musée d’Allard de Montbrison. Inventaire de la collection de Jean-Baptiste d’Allard, auteur inconnu, t. III.

14 Archives départementales de la Loire, 26J_DEM 3859. Lettres de sa sœur Nicole, octobre et novembre 1828.

15 Hélène Blais, Rahul Markovits, « Introduction. Le commerce des plantes, XVIe-XXe siècle », Revue d’histoire moderne & contemporaine, n° 66, 20

16 Ibid.

17 Archives départementales de la Loire, 26J_DEM 3853.

18 Benjamin Gurcel, Jean-Baptiste d’Allard, opcit., p. 68.

19 Archives départementales de la Loire, 26J_DEM 3839. Lettre de juin 1819.

20 Benjamin Gurcel, Jean-Baptiste d’Allard, opcit., p. 70.

21 Archives départementales de la Loire, 26J_DEM 3894.

22 Pierre Boitard, Nouveau Manuel complet du naturaliste préparateur, ou l’art d’empailler les animaux, de conserver les végétaux et les minéraux, de

23 Archives départementales de la Loire, 26J_DEM 3883. Lettre d’Abel de Vichy, Paris, 18 avril 1829.

24 Archives départementales de la Loire, 26J_DEM 3883. Lettre de Deferre, Marseille, 12 mars 1828. Jean-Baptiste d’Allard semble avoir réclamé à

25 Les archives du musée d’Allard comportent dix-huit lettres de roulage, où l’on trouve souvent mentionnées des entreprises spécialisées.

26 Archives du musée d’Allard, Montbrison. Lettres de roulage, folios d’Allard.

27 Archives départementales de la Loire, 26J_DEM 3854. Copie de lettre, non datée.

28 Archives départementales de la Loire, 26J_DEM 3859. Lettre de Nicole, Lyon, 29 octobre 1828.

29 Bruno Latour, La Science en action : introduction à la sociologie des sciences, Paris, La Découverte, 2005, p. 534.

30 Philippe Hedde, Notice sur le cabinet d’histoire naturelle de M. D’Allard, Montbrison, Bernard (éd.), 1835.

31 Antoine Joseph Dezallier d’Argenville, « De l’Arrangement d’un cabinet d’histoire naturelle », dans La Conchyliologie, t. I, Paris, chez Guillaume

32 Philippe Hedde, Notice, opcit., p. 4.

33 Yves Laissus, « Les cabinets d’histoire naturelle », dans Enseignement et diffusion des sciences en France au XVIIIe siècle, René Taton (dir.) [

34 Pierre-Yves Lacour, « Les cabinets parisiens d’histoire naturelle », id., p. 196-215.

35 L’association des objets issus des trois règnes de l’histoire naturelle à des objets ethnographiques n’est en revanche pas à contre-courant de la

36 Michel Van Praet, « Cultures scientifiques et musées d’histoire naturelle en France », Hermès, n° 20, 1996, p. 143-149.

37 Philippe Hedde, Notice, opcit., p. 4.

38 Eugène Rey, Historiettes foréziennes et vieux souvenirs. Extrait des mémoires d’un Montbrisonnais, Montbrison, Faure, 1896.

39 Archives départementales de la Loire, 26J_DEM 3897. Passeport délivré au nom de Jean-Baptiste d’Allard, 1810.

40 Archives départementales de la Loire, 26J_DEM 3863. Lettre de Jean-Baptiste d’Allard à sa femme, Chalon, (date incomplète) 1806.

41 Archives de la Diana – société archéologique et historique du Forez, fonds de Vichy. Lettre de J. B. d’Allard à M. de Vichy, le 21 février 1816.

42 Pierre-Yves Lacour, La République naturaliste. Collections d’histoire naturelle et Révolution française (1789-1804), opcit., p. 258. Pour

43 Dorinda Outram, George Cuvier: Vocation, Science, and Authority in Post-Revolutionnary France, Manchester, Manchester University Press, 1984.

44 Philippe Hedde, Notice, opcit., p. 3.

45 Pierre-Yves Lacour, La République naturaliste. Collections d’histoire naturelle et Révolution française (1789-1804), opcit., p. 419. Les données

46 Ibid., p. 420.

47 Hélène Blais, « Le rôle de l’Académie des sciences dans les voyages d’exploration au xixe siècle », art. cit., p. 1.

48 Je souhaiterais citer les personnes sans lesquelles la rédaction de cet article aurait été impossible. Sandrine Montagnier, Pauline Michallet

Notes

1 Claudius Rochigneux, Le Forez de nos ancêtres, Montbrison, Groupe familial des descendants et alliés des Rochigneux, 1984.

2 Pour les détails relatifs au jardin, voir Benjamin Gurcel, Jean-Baptiste d’Allard (1769-1848), Une vie forézienne et son héritage, Montbrison, ville de Montbrison, 2018 ; Francisque Ferret, « Un gentilhomme forézien. J. B. d’Allard, 1769-1848 », Bulletin de la Diana, no LV/4, 1996, p. 307-348. 

3 Bertrand Daugeron, Collections naturalistes entre science et empires (1763-1804), Paris, Publications scientifiques du Muséum national d’Histoire naturelle, 2009.

4 Robert Boyle, General Heads for the Natural History of a Country, Great or Small, Drawn out for the Use of Travellers and Navigators, Londres, John Taylor and S. Holford, 1692.

5 Buffon crée notamment une fonction de « correspondant du Cabinet du Jardin du roi », associé à une pension, pour encourager l’apport de nouveaux spécimens dans les collections royales. Voir Marie-Noëlle Bourguet, « La collecte du monde : voyage et histoire naturelle (fin xviie siècle - début xixe siècle) », dans Le Muséum au premier siècle de son histoire, Claude Blanckaert (dir.), Paris, Publications scientifiques du Muséum national d’Histoire naturelle, 1997, p. 163-196.

6 Hélène Blais, « Le rôle de l’Académie des sciences dans les voyages d’exploration au XIXe siècle », La Revue pour l’histoire du CNRS [En ligne] DOI : http://doi.org/10.4000/histoire-cnrs.587 [consulté le 20/05/2021].

7 Pour recontextualiser les cabinets d’histoire naturelle dans une histoire plus générale du collectionnisme, voir : Krzysztof Pomian, Collectionneurs, amateurs et curieux. Paris, Venise. XVIe - XVIIIe siècle, Paris, Gallimard, 1987.

8 Benjamin Gurcel, Jean-Baptiste d’Allard (1769-1848), Une vie forézienne et son héritage, opcit., p. 18.

9 La Diana est la Société historique et archéologique du Forez. Fondée en 1863, elle a pour but la conservation et la valorisation de plusieurs monuments historiques et sites archéologiques. Elle gère également un fonds d’archives ainsi qu’une bibliothèque.

10 Bertrand Daugeron, Collections naturalistes, opcit., p. 16.

11 Ibid.

12 On doit ajouter à cette collection d’histoire naturelle et d’objets ethnographique un ensemble de près de 400 médailles et bronzes anciens (voir Francisque Ferret, « Un gentilhomme forézien. J. B. d’Allard, 1769-1848 », art. cit., p. 329).

13 Archives du Musée d’Allard de Montbrison. Inventaire de la collection de Jean-Baptiste d’Allard, auteur inconnu, t. III.

14 Archives départementales de la Loire, 26J_DEM 3859. Lettres de sa sœur Nicole, octobre et novembre 1828.

15 Hélène Blais, Rahul Markovits, « Introduction. Le commerce des plantes, XVIe-XXe siècle », Revue d’histoire moderne & contemporaine, n° 66, 2019, p. 7-23 [En ligne] URL : https://www.cairn.info/revue-d-histoire-moderne-et-contemporaine-2019-3-page-7.htm [consulté le 28/07/2021].

16 Ibid.

17 Archives départementales de la Loire, 26J_DEM 3853.

18 Benjamin Gurcel, Jean-Baptiste d’Allard, opcit., p. 68.

19 Archives départementales de la Loire, 26J_DEM 3839. Lettre de juin 1819.

20 Benjamin Gurcel, Jean-Baptiste d’Allard, opcit., p. 70.

21 Archives départementales de la Loire, 26J_DEM 3894.

22 Pierre Boitard, Nouveau Manuel complet du naturaliste préparateur, ou l’art d’empailler les animaux, de conserver les végétaux et les minéraux, de préparer les pièces d’anatomie normale et pathologique, Paris, Librairie encyclopédique de Roret, 1845.

23 Archives départementales de la Loire, 26J_DEM 3883. Lettre d’Abel de Vichy, Paris, 18 avril 1829.

24 Archives départementales de la Loire, 26J_DEM 3883. Lettre de Deferre, Marseille, 12 mars 1828. Jean-Baptiste d’Allard semble avoir réclamé à plusieurs reprises ces « oiseaux royaux », mais la correspondance entre les deux hommes ne donne pas plus de précisions à propos de l’espèce ainsi nommée.

25 Les archives du musée d’Allard comportent dix-huit lettres de roulage, où l’on trouve souvent mentionnées des entreprises spécialisées.

26 Archives du musée d’Allard, Montbrison. Lettres de roulage, folios d’Allard.

27 Archives départementales de la Loire, 26J_DEM 3854. Copie de lettre, non datée.

28 Archives départementales de la Loire, 26J_DEM 3859. Lettre de Nicole, Lyon, 29 octobre 1828.

29 Bruno Latour, La Science en action : introduction à la sociologie des sciences, Paris, La Découverte, 2005, p. 534.

30 Philippe Hedde, Notice sur le cabinet d’histoire naturelle de M. D’Allard, Montbrison, Bernard (éd.), 1835.

31 Antoine Joseph Dezallier d’Argenville, « De l’Arrangement d’un cabinet d’histoire naturelle », dans La Conchyliologie, t. I, Paris, chez Guillaume De Bure, 1780, p. 187-198.

32 Philippe Hedde, Notice, opcit., p. 4.

33 Yves Laissus, « Les cabinets d’histoire naturelle », dans Enseignement et diffusion des sciences en France au XVIIIe siècle, René Taton (dir.) [1964], Paris, Hermann, 1987, p. 659-712, cité par Pierre-Yves Lacour, La République naturaliste. Collections d’histoire naturelle et Révolution française (1789-1804), Paris, Publications scientifiques du Muséum d’Histoire naturelle, 2014.

34 Pierre-Yves Lacour, « Les cabinets parisiens d’histoire naturelle », id., p. 196-215.

35 L’association des objets issus des trois règnes de l’histoire naturelle à des objets ethnographiques n’est en revanche pas à contre-courant de la tendance générale des cabinets de province. Pierre Yves Lacour note en effet une augmentation surprenante de l’association entre naturalia et artificialia au sortir de la Révolution.

36 Michel Van Praet, « Cultures scientifiques et musées d’histoire naturelle en France », Hermès, n° 20, 1996, p. 143-149.

37 Philippe Hedde, Notice, opcit., p. 4.

38 Eugène Rey, Historiettes foréziennes et vieux souvenirs. Extrait des mémoires d’un Montbrisonnais, Montbrison, Faure, 1896.

39 Archives départementales de la Loire, 26J_DEM 3897. Passeport délivré au nom de Jean-Baptiste d’Allard, 1810.

40 Archives départementales de la Loire, 26J_DEM 3863. Lettre de Jean-Baptiste d’Allard à sa femme, Chalon, (date incomplète) 1806.

41 Archives de la Diana – société archéologique et historique du Forez, fonds de Vichy. Lettre de J. B. d’Allard à M. de Vichy, le 21 février 1816. Citée par Benjamin Gurcel, Jean-Baptiste d’Allard, opcit., p. 60.

42 Pierre-Yves Lacour, La République naturaliste. Collections d’histoire naturelle et Révolution française (1789-1804), opcit., p. 258. Pour expliquer ce choix de la sédentarité, l’auteur utilise les écrits de Georges Cuvier, « Mémoires pour servir à celui qui fera mon éloge, écrits au crayon dans ma voiture pendant mes courses en 1822 et 1823 ; cependant les dates sont prises sur des pièces authentiques », dans Pierre Flourens, Recueil des éloges historiques lus dans les séances publiques de l’Académie des sciences, Paris, Garnier frères, 1856, vol. I, p. 185.

43 Dorinda Outram, George Cuvier: Vocation, Science, and Authority in Post-Revolutionnary France, Manchester, Manchester University Press, 1984.

44 Philippe Hedde, Notice, opcit., p. 3.

45 Pierre-Yves Lacour, La République naturaliste. Collections d’histoire naturelle et Révolution française (1789-1804), opcit., p. 419. Les données utilisées par l’auteur sont tirées des travaux de Dorothée Rusque, Cabinets d’Histoire naturelle et jardin botanique à Strasbourg au xviiie siècle. De la curiosité à la classification, mémoire de maîtrise [dir. Isabelle Laboulais], Strasbourg, Université Marc Bloch, 2002.

46 Ibid., p. 420.

47 Hélène Blais, « Le rôle de l’Académie des sciences dans les voyages d’exploration au xixe siècle », art. cit., p. 1.

48 Je souhaiterais citer les personnes sans lesquelles la rédaction de cet article aurait été impossible. Sandrine Montagnier, Pauline Michallet, Virginie Bruno et Marie Bastard m’ont accueillie pendant deux mois au sein du musée d’Allard. L’accès aux archives, les échanges que nous avons pu avoir, ainsi que leurs connaissances sur le sujet ont contribué à mes recherches. J’aimerais donc les remercier pour leur patience et leur gentillesse.

Illustrations

Figure 1 : Buste de Jean-Baptiste d’Allard, 30 cm, collection Maison d’Allard.

Figure 1 : Buste de Jean-Baptiste d’Allard, 30 cm, collection Maison d’Allard.

© Musée d’Allard, S. Montagnier, 2008.

Figure 2 : Concours régional de Montbrison, Inauguration du jardin d’Allard, estampe.

Figure 2 : Concours régional de Montbrison, Inauguration du jardin d’Allard, estampe.

Fonds patrimonial, médiathèque municipale de Saint-Étienne, FAR FPA661 – 14(4).

© Ville de Saint-Étienne.

Figure 3 : Semnopithèque douc, primate, Cochinchine.

Figure 3 : Semnopithèque douc, primate, Cochinchine.

Collection musée d’Allard, fonds constitutifs. Inv. : 2012.02.10

© Musée d’Allard, S. Montagnier.

Figure 4 : Momie, homo sapiens sapiens, Égypte.

Figure 4 : Momie, homo sapiens sapiens, Égypte.

Nouvel Empire à Troisième période intermédiaire (1500 – 700 avant J.-C.), collection musée d’Allard, fonds constitutif.

© Musée d’Allard, S. Montagnier.

Figure 5 : Chouette, île de la Trinité.

Figure 5 : Chouette, île de la Trinité.

Collection musée d’Allard, fonds constitutif.

© Musée d’Allard, S. Montagnier.

Citer cet article

Référence électronique

Caroline ANTOINE, « Voyage à huis clos », Viatica [En ligne], 9 | 2022, mis en ligne le 23 février 2022, consulté le 25 juin 2022. URL : http://revues-msh.uca.fr/viatica/index.php?id=2304

Auteur

Caroline ANTOINE

Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Droits d'auteur

Attribution 4.0 International (CC BY 4.0)