Des arts de voyager au xixe siècle ?

Prolégomènes à une recherche future

Of arts of travel in the 19th century: prolegomena to future inquiries

DOI : 10.52497/viatica2327

Résumés

Résumé : La diversification des modes de voyage et des types de voyageurs qui caractérise le xixe siècle ne met pas un terme aux arts de voyager qui ont marqué les siècles précédents : ils se diversifient à leur manière, leurs supports se multiplient, se spécialisent et s’adaptent à ces conditions nouvelles, tout en faisant la part belle, à travers les guides, à une pratique du déplacement jusqu’alors peu fréquente : le voyage d’agrément. L’émergence du tourisme et l’entrée conjointe du récit viatique en littérature contribuent elles aussi, tout au long du siècle, à l’évolution du genre apodémique, dont la présente étude n’entend offrir que quelques linéaments.

Abstract: The diversification of travel modes and types of travellers that characterizes the 19th century does not put an end to the arts of travel that marked the previous centuries: they diversify in their own way, their supports multiply, specialize and adapt to these new conditions, while focusing, through the guides, on a previously infrequent practice of travel: leisure travel. The emergence of tourism and the joint access of travelogues to literature also contribute, throughout the century, to the evolution of the apodemic genre, of which the present study intends to offer only some features.

Index

Mots-clés

art de voyager, tourisme, guide de voyage, littérature, spécialisation

Keywords

art of travel, tourism, travel guide, literature, specialization

Plan

Texte

Au xixe siècle, les conditions du voyage changent profondément par rapport aux siècles précédents. Cela concerne d’une part la population voyageuse, son nombre, ses goûts et ses attentes ; d’autre part les moyens dont disposent les voyageurs, notamment en termes de rapidité des transports et de confort des voyages. Quelles sont les conséquences de ces mutations sur les arts de voyager ? Une littérature très codifiée avait vu le jour en Europe depuis la fin du xvie siècle, en liaison avec le Grand Tour qui valorisait l’expérience de formation des jeunes voyageurs1. D’autres formes de voyages avaient aussi justifié des conseils adaptés à des objectifs plus spécifiques, que ces voyages aient eu pour destination d’autres continents ou qu’en Europe même ils aient visé le commerce, la diplomatie, la mobilité religieuse ou l’accroissement des savoirs dans une optique de meilleure administration ou de connaissances approfondies dans certains domaines. La longue période de paix relative que le continent européen connaît à partir de 1815 est propice à une expansion des échanges de toute nature. La volonté encyclopédique des voyages de formation et d’exploration a-t-elle résisté à ces changements qui s’esquissaient dès la seconde moitié du xviiie siècle ? Qu’est-il advenu au siècle suivant de la science des arts apodémiques qui avait fini par caractériser les voyages de l’époque moderne ? Le sujet est vaste, et l’on se contentera dans cette brève étude d’esquisser quelques pistes de réflexion pour des recherches à venir qui privilégieront moins qu’ici la France.

Quelles perspectives pour les arts de voyager traditionnels dans un siècle de bouleversements ?

À première vue, les modèles d’arts de voyager hérités des siècles précédents persistent largement au xixe siècle, qu’ils viennent de Flandre, de France, de Prusse ou d’Angleterre, donnant davantage l’impression d’un ressassement des conseils que de leur renouvellement.

Cela vaut autant pour la valorisation de l’utilité du voyage que pour sa dénégation. D’un côté, Mme de Genlis, forte de son expérience du voyage sous l’Ancien Régime et de celle de l’émigration, entend guider les pas de ceux qui sont contraints de se déplacer : plus généralement elle offre aux jeunes voyageurs du tournant des Lumières des informations précises et des conseils pratiques censés leur permettre de réaliser leur périple dans les meilleures conditions2. Le guide Reichard dès 1793 et les guides Baedeker dans la seconde moitié du xixe siècle appartiennent à cette même lignée d’un voyage positif. Mais, d’un autre côté, la vision négative des voyages, issue d’Érasme, de La Fontaine, de Muralt et de Voltaire, est perceptible chez Mario Pieri en 1812 quand il dénonce la furie incontrôlée des voyages qui a saisi toutes les catégories de la société3. Ce positionnement se retrouve jusque dans la réponse au discours de réception de Xavier Marmier à l’Académie française en décembre 1871, où Alfred-Auguste Cuvillier-Fleury dénonce l’affaiblissement de l’esprit patriotique auquel concourraient les voyages : « L’écueil des voyages, dans un esprit mal fait, c’est parfois un certain affaiblissement de l’instinct patriotique, qui résulte d’une recherche trop habituelle d’affections et d’émotions extérieures. La patrie est volontiers exclusive et jalouse4. »

Différents facteurs contribuent cependant à ajouter au xixe siècle une dimension politique à cette tradition apodémique. En premier lieu, le choc de l’époque révolutionnaire et napoléonienne a jeté sur les routes d’Europe des personnes ayant voyagé sans le prévoir, sous l’effet de la contrainte de l’émigration, de la conscription et des campagnes militaires ou des exigences administratives imposées aux fonctionnaires impériaux : ainsi La Tocnaye estime-t-il en 1800 que l’unique façon de voyager est l’exil5. C’est plus largement à l’échelle du monde que se mesure le rôle bienfaisant du voyageur pacifique ami de l’humanité dont Bruguière fait l’éloge dans son poème en alexandrins primé lors d’un concours de poésie en 18076. Les tables, préceptes et questionnaires qui valaient pour les jeunes gens ou pour les administrateurs se déplaçant en Europe à la fin du xviiie siècle furent appliqués sous la Restauration pour guider des missions vers d’autres continents. Cette approche systématique fut proposée par d’Hauterive pour le Brésil même s’il s’inspirait plus volontiers de Colbert que de Volney7. L’influence de Volney s’ajoute en revanche à celle de Michaelis et de Berchtold dans le système de mise en liste que le géographe britannique et colonel de l’état-major impérial russe Julian Jackson constitua pour son Aide-mémoire du voyageur écrit en français au début des années 18308.

Par ailleurs, l’évolution des moyens de transport, leur diversification et leur plus grande rapidité démocratisent le voyage et invitent à profiter des avantages qu’il offre en exploitant au maximum les possibilités de la technologie grâce à une information précise et détaillée sur tous les aspects pratiques qu’il faut connaître avant, pendant et au retour d’un voyage en train9. Mais ces nouveautés amènent également par contraste à s’intéresser à des modes de déplacement plus traditionnels tels que le voyage à pied, quand ce n’est pas à rechercher des buts de voyage carrément alternatifs, comme les prisons10.

On trouve la trace d’une attention aux avantages que présentent les voyages à pied dans un ouvrage allemand paru en 1805 et commenté par Gilles Boucher de la Richarderie dans la section qu’il consacre aux instructions de voyage : Ueber den Werth und Nutzen, etc. etc. und die Vorzüge und Vortheile der Fussreisen (Hanovre, 1805)11. Cette perspective, sans nul doute inspirée par Rousseau, est particulièrement nette dans le monde germanique où les élites cultivées pratiquent volontiers les voyages pédestres au cours de la première moitié du xixe siècle12. Elle correspond à de nouvelles pratiques dans l’ensemble de l’Europe, notamment chez les gens de lettres13. Les instructions se font aussi l’écho du besoin d’exercice du corps, tel qu’il se manifeste par exemple dans l’alpinisme. Elles justifient des formes jusqu’ici inédites d’excursionnisme, autrement dit d’une lente exploration des lieux dont l’art de voyager du Belge van Bemmel révèle en 1884 qu’elles sont rendues possibles précisément grâce au train, qui permet de se rendre rapidement sur place et ainsi de mieux profiter de son séjour : « À notre avis, le voyage pédestre est recommandable surtout à ce titre qu’il permet d’examiner en détail la contrée que l’on parcourt, et de s’arrêter à tout bout de champ pour dessiner, pour herboriser, pour prendre des notes, pour causer avec la première personne venue14. »

La compétition des nationalismes fait enfin éclater les cadres de l’universalisme du Grand Tour. En germe chez Berchtold comme dans certains arts de voyager britanniques des xviie et xviiie siècles, parfois hostiles au voyage – on songe à Joseph Hall ou à Richard Hurd15 –, la prise en compte du patriotisme s’exprime dès la Révolution16 et de plus en plus fortement dans les dernières décennies du xixe siècle, lorsque les puissances européennes prennent conscience que leur force d’expansion impérialiste peut gagner à s’appuyer sur l’expérience des jeunes gens à l’étranger. Des bourses favorisent leurs voyages, des clubs alpins et des touring-clubs voient le jour dans divers pays et les indications pratiques destinées aux jeunes voyageurs confirment la nécessité de surmonter les barrières linguistiques entre les nations en reprenant à leur compte le modèle cher à Mme de Genlis des dialogues en langues étrangères, comme on le voit chez Malesch en 190017.

Reste à savoir dans quelle mesure ces transformations objectives ont des répercussions sur les manières de concevoir les conseils aux voyageurs. Les auteurs d’arts de voyager à l’époque moderne, tels Juste Lipse, Montaigne, Bacon, Muralt, Rousseau ou Berchtold, peuvent demeurer des références ou des horizons, sans pour autant être convoqués comme des modèles à suivre à tout prix.

Les instructions à l’adresse des voyageurs : vers une spécialisation croissante

Le cloisonnement progressif des connaissances et la professionnalisation des pratiques savantes entraînent une séparation toujours plus accentuée entre différents types de voyageurs. Les arts de voyager tendent ainsi à s’adapter aux exigences de catégories qui n’ont plus forcément les mêmes besoins : l’artiste, l’écrivain, le touriste, le sportif – l’alpiniste entre autres –, le savant, l’explorateur… La dimension de la jouissance, qui relève de la sphère des pratiques privées encouragées par l’avènement du tourisme, entre en compétition avec celle de la recherche et du classement des connaissances. Cette dichotomie correspond au creusement d’un fossé entre le public voyageant pour s’évader et se divertir et les spécialistes qui développent des savoirs disciplinaires de plus en plus pointus (archéologues, médecins, philologues, économistes, ingénieurs, architectes…). Ainsi les artistes voient-ils leur démarche de connaissance par le voyage appuyée à l’aube du xixe siècle par les instructions spécifiques de Pierre-Henri de Valenciennes18. Les conseils adressés aux architectes allemands en vue de tirer le meilleur profit du voyage accompli prennent quant à eux des formes variées : si, à la fin du xviiie siècle, le traité sur l’art du voyage de Franz Posselt est doté d’un caractère général et revendique une filiation directe avec la Methodus apodemica de Zwinger parue à Bâle deux siècles plus tôt, ce sont des voyageurs spécialisés qui sont la cible des lettres de Rome où l’architecte Christian Traugott Weinlig recommande en 1782 à ses émules de dessiner pour mémoriser, avant qu’un autre architecte, Johann Daniel Engelhard, ne glisse ses préceptes dans le récit de son séjour en Italie paru en 1838 sous le titre d’Instruction pour permettre à de jeunes architectes de voyager en Italie19.

Du côté des voyages scientifiques, on passe clairement d’une approche encyclopédique à un type de voyage spécialisé, dans lequel le « naturaliste » cher à Lettsom20 a cédé la place aux spécialistes que sont, entre autres, le botaniste, le zoologue, le géologue ou l’anthropologue. Humboldt représente le point de passage entre l’idéal encyclopédique et l’exigence de nouvelles spécialisations21. Pour Silvia Collini et Antonella Vannoni, la tradition morale héritée du xviiie siècle et encore présente chez Gérando, qui s’intéressait avant tout aux aspects culturels, historiques et sociaux des peuples visités, semble s’effacer au profit d’une recherche de leurs caractères anatomiques, physiologiques et anthropométriques, à même de distinguer les différentes races humaines22. Par ailleurs, Sylvain Venayre a souligné les trois réaménagements survenus au cours du xixe siècle dans les instructions destinées aux voyageurs savants23. Les institutions académiques, telles qu’en France le Muséum d’histoire naturelle (1820, 1890…), l’Académie des sciences (1835 et suiv.), la Société ethnologique de Paris (1841), la Société de géographie (1875), le ministère de l’Instruction publique (1876) ou la Société d’anthropologie de Paris (1885), jouent un rôle croissant dans cette entreprise qui cherche toujours moins à découvrir des merveilles, au profit d’un quadrillage systématique du monde qui, à vrai dire, avait commencé à se mettre en place dès la fin du xviie siècle. Celui-ci repose désormais sur la généralisation de questionnaires, à l’instar de celui qu’avait établi Robert Boyle pour le compte de la Royal Society24 ou de ceux que proposaient Berchtold et Volney : on les retrouve dans l’Aide-mémoire du voyageur du colonel Jackson (1834) ou dans le Manuel du voyageur du Suisse David Kaltbrunner (1879)25. Le primat y est ensuite donné aux chiffres et aux méthodes de classement scientifiques au détriment de la narration de l’expérience vécue. Enfin, le souci de collecter les objets et échantillons vise à parer aux risques de déformation entraînés par l’écriture ou le dessin, ainsi que le soulignait Cuvier dans les conseils qu’il donnait à l’expédition Baudin dès 1800 : « Il faut donc absolument recueillir les pièces anatomiques dans un même local et les y comparer dans tous leurs rapports26. »

Il n’en reste pas moins que tout voyageur doté d’un minimum de connaissances et de savoir-faire techniques est capable de réaliser les observations, prescrites par les instructions, que les institutions académiques seront seules en mesure d’analyser : comme le constate Sylvain Venayre en s’appuyant sur le manuel de Kaltbrunner27, le voyageur n’est au regard de ces institutions qu’un simple instrument.

Manuels, conseils, guides, arts de voyager… : des supports multiples, entre diversité et nouveauté

Les conseils peuvent figurer sur des supports parfois nouveaux, mais surtout diversifiés et fragmentaires. Un premier examen n’a guère permis d’identifier d’ouvrages en forme de conseils ailleurs qu’au début et à la fin du siècle. Il faut revenir sur l’exemple déjà cité de Mme de Genlis, assurant la transition entre le Grand Tour d’Ancien Régime et le voyage plus individuel qu’on ne peut pas encore appeler touristique. Son Voyageur de 1800 fourmille d’informations objectives et de conseils pratiques qui constituent ce que Didier Masseau nomme « un véritable manuel de débrouillardise pour parer à tous les obstacles28 ». Offrant au lecteur, comme on l’a déjà vu, jusqu’à des indications linguistiques et des dialogues traduits, selon une formule qui sera reprise à la fin du siècle29, l’ouvrage de Mme de Genlis inventorie la liste des objets indispensables au grand voyage, de l’« eau de fleur d’orange de Malte » jusqu’à l’« oreiller carré […] rempli de crin et de laine assez ferme et assez épais » destiné à amortir les cahots des voitures mal suspendues30.

Au milieu du siècle, la comtesse de Gasparin offre un véritable modèle de guide pratique du voyageur en Orient dans les ultimes pages du dernier volume de son Journal d’un voyage au Levant (1848) : ces « dispositions pratiques » rappellent celles qui figurent souvent dans les guides touristiques31. Il faut toutefois attendre la deuxième moitié du siècle et le début du xxe pour retrouver en France des ouvrages intitulés explicitement « Arts de voyager » : outre ceux déjà cités de Huguet (1867), Goudard de Saint-Clair (1873), van Bemmel (1884) et Malesch (1899), on relève encore la présence de cette expression dans des titres du début du xxe siècle, comme chez Jeanne de Flandreysy, Albert Dauzat et Gaston Sévrette32.

À côté de ces textes, qui s’adressent désormais à des touristes, des supports anciens évoluent, telles les instructions à l’adresse des marchands ou des pèlerins. Malgré une littérature ancienne et éprouvée33, les premiers font l’objet d’une attention parfois ironique et méprisante, qui se manifeste par exemple chez Mario Pieri en 1812 : « le marchand voyage à la recherche de nouvelles richesses, et l’esprit tout imprégné par l’avidité du gain, il traverse les villes principales d’Europe sans les honorer d’un regard, plaçant Trieste avant Rome, et avant Florence Ancône34. » Mais une place est aussi accordée à des figures jusqu’ici peu commentées comme celle du commis voyageur qui commence à s’imposer dans les années 182035. Sur le versant religieux, le Petit Guide des pèlerinages de l’abbé Charles-Alphonse Ozanam témoigne de l’évolution de la dynamique du pèlerinage au cours du siècle : les pratiques dévotionnelles ne sont plus la seule motivation des pèlerins et le plaisir du voyage en est devenu partie prenante36. L’ecclésiastique reconnaît que le pèlerinage conçu comme moment de plaisir lié à la jouissance de la découverte d’une contrée nouvelle permet de récupérer des âmes perdues : il n’y a donc pas de raison de ne pas utiliser pour les pèlerins le modèle des guides touristiques. Le Guide national et catholique du voyageur en France abandonne encore plus nettement l’ancien modèle des manuels du xvie ou du xviie siècle, qui offraient au pèlerin à la fois un guide des lieux saints et un texte de méditation37, au profit d’une forme moderne de pèlerinage, encadré selon les règles en vigueur dans les guides touristiques38.

Davantage que dans ces ouvrages plus ou moins spécifiquement consacrés à l’art de voyager, c’est toutefois dans les parties introductives des guides que se multiplient tout au long du xixe siècle, et de manière exponentielle, les conseils prodigués aux voyageurs qui ne se déplacent plus pour des motifs contraints (exil, métier, impératif de formation) et qui ne souhaitent voyager que pour leur agrément privé39. Cette dimension de la jouissance privée, qui ne se dessine clairement qu’au tournant des Lumières, trouve son aliment dans les préfaces de guides, qui promettent au voyageur toutes les garanties d’un confort à moindre coût. Le modèle du guide Reichard en 1793 est repris et amplifié par les guides Murray, Joanne et surtout Baedeker qui s’imposent progressivement entre les années 1830 et les années 1860 : aux arts de voyager succède d’une certaine façon un art des guides, dont Mme de Genlis aurait lancé le mouvement en proscrivant « la quête des effets et le désir inauthentique de faire la chasse au pittoresque pour exciter la curiosité du lecteur40 ». Stendhal en a recueilli les fruits et tiré parti en invoquant la nécessité qu’un guide soit « sec », à la différence du récit de voyage :

Un journal de voyage doit être plein de sensations, un itinéraire en être vide. […] Le mélange de la sensation avec l’indication est détestable et diminue infiniment le plaisir du voyageur qui se trouve en présence de ce qu’un autre homme a senti, au lieu d’être livré à son propre sentiment41.

Les annotations que Stendhal a portées dans les marges de certains de ses guides, dont un Itinerario italiano de Vallardi, traduisent cette exigence : c’est au prix d’un travail d’élagage retenant uniquement la simplicité et la précision des données que le guide peut assumer sa fonction cognitive qui en fait un livre « véridique42 ». En se penchant sur les instruments du voyage en Suisse au xixe siècle, Ariane Devanthéry a parfaitement théorisé la mutation qui fait assumer au guide la fonction qui fut celle des conseils et instructions aux voyageurs de l’époque moderne : le « réseau de limitations et de contraintes que mettent en place les guides43 » renvoie bien à un système de normes intégré et attendu par les éditeurs et le public, dans la mesure où il offre à ce dernier une autonomie à l’égard des maîtres de poste, des aubergistes et des cicérones, conforme à l’esprit de liberté du siècle. Certains de ces ouvrages vont jusqu’à prévoir, dès la fin des années 1860, « un petit livret rose sur lequel le voyageur était invité à noter les erreurs signalées dans le guide44 », ce qui revenait à en faire un contributeur à ce nouvel art de voyager. Par leurs conseils, les préfaces des guides Baedeker instituent finalement un modèle de voyageur que l’on suppose partout identique, ressentant les mêmes besoins de culture et de protection. La posture est bien résumée dans le sizain inlassablement répété d’un guide Baedeker à l’autre : « Qui songe à voyager/ Doit soucis oublier/ Dès l’aube se lever/ Ne pas trop se charger/ D’un pas égal marcher/ Et savoir écouter. » En valorisant ici les panoramas montagneux, là les villes et en leur sein les parcours monumentaux, historiques et culturels, l’éditeur de Leipzig et Coblence construit un amateur cultivé et légèrement xénophobe qui, comme malgré lui – mais sous la houlette du guide –, ne peut que devenir un admirateur des œuvres d’art45.

Les guides contribuent alors à un formatage du voyage d’agrément sous deux espèces. D’un côté, ils appellent aux règles du « bien voyager » qui suppose confort et sécurité grâce aux mesures de prévention contre les voleurs ou à la connaissance préalable des horaires, afin de rentabiliser le temps du voyage et de rendre celui-ci profitable : que lire avant, pendant et après, comment se préparer, que faire pendant le périple, etc. La manière de voyager prônée par ces instruments se rapproche ainsi du voyage « intelligent », à l’instar du voyage d’exploration impliquant un grand soin dans la préparation et une acceptation des risques. Mais, d’un autre côté, les guides mettent en place une conception standardisée du voyage qui correspond, au milieu du siècle, à l’émergence du tourisme : en leur mâchant le travail et en leur apprenant à bien se servir des nouveaux moyens de transport alors en plein essor46, ces ouvrages se veulent certes utiles mais ils contribuent du même coup à dégrader l’image de celles et ceux qui, selon le mot de Théophile Gautier, « voyagent pour voyager47 ».

Quand la pratique du tourisme remet en cause l’art de voyager

Tout au long du siècle, les héritiers des ouvrages apodémiques tempêtent contre les voyages qui ne sont là que pour procurer une jouissance à ceux qui les réalisent. Reprenant et amplifiant les critiques adressées, à la fin du xviiie siècle, par le comte de Berchtold aux voyageurs qui ne recherchent que leur comfort avant la lettre48, Huguet se lamente en 1867 en constatant que l’« art » de voyager s’est dénaturé en un simple « plaisir »49. Quant à Malesch, il refuse purement et simplement, en 1899, la qualification de voyages aux « simples excursions des touristes qu’attirent loin de chez eux les curiosités de la forme, et que ne retient pas longtemps l’étude trop absorbante des hommes et des choses50. » Ces traits ne feront que s’accentuer au fur et à mesure que se développera une véritable industrie du voyage d’agrément et que voyager deviendra un loisir accessible à – presque – toutes les bourses.

Du coup, si la figure du touriste est célébrée par tous ceux qui en tirent profit – industrie hôtelière, agences de voyages, maisons d’édition, commerce…51 –, elle devient également, et très rapidement, l’objet de sarcasmes récurrents. Face à l’apologie du voyage réussi, le touriste est considéré comme l’incarnation même du « mauvais » voyageur, et il est pour cette raison souvent caricaturé. Dès 1837, le Genevois Töpffer est le premier à représenter, par la plume et le dessin, les touristes en « troupeau52 » : il sera en cela suivi par bien d’autres illustrateurs ou voyageurs célèbres – Daumier, Custine, Sand, Nerval, Gautier ou Flaubert, parmi tant d’autres –, surtout à partir du moment où apparaissent les voyages organisés, qui déversent dans des sites naguère peu fréquentés des cohortes transportées comme leurs bagages d’un site à l’autre, avec l’inévitable lot de dégradations que cette pratique entraîne53. On ne s’étonnera donc pas de voir les traités apodémiques qui refleurissent à la fin du xixe siècle stigmatiser avec force le repoussoir qu’est vite devenu le touriste aux yeux de ceux qui prétendent enseigner les précautions à prendre ou les attitudes à adopter pour « bien » voyager. À cet égard, le tableau dressé en 1884 par le Belge Van Bemmel des touristes anglais et français est significatif de ce qu’il ne faut pas faire sous peine de se ridiculiser en voyage, établissant une sorte de contre-épreuve de tout ars viandi bien entendu :

Enfin, n’imitez ni les Anglais qui, tout couverts de vêtements imperméables, semblent équipés et armés jusqu’aux dents contre la furie des tempêtes, et souffrent les outrages du temps avec un stoïcisme à toute épreuve ; ni les Français qui, habillés à la légère et sans précaution, se vengent des averses et des mésaventures par de spirituelles épigrammes contre le pays qu’ils visitent, et jurent sans cesse, mais un peu tard, qu’on ne les y prendra plus54.

Il convient toutefois de nuancer ce qu’un tel tableau peut avoir de réducteur : la littérature prescriptive constituée par les traités apodémiques sait aussi faire la part des choses et distinguer entre le « bon » et le « mauvais touriste ». Ainsi, elle ne dédaigne pas la catégorie des marcheurs, des alpinistes, des cyclistes, des plaisanciers ou même des simples campeurs, autrement dit des pratiquants d’un « exercice physique [qui] particip[e] depuis longtemps de l’éthique du voyage55 », comme en témoignent les manuels d’hygiène publiés par des médecins à la fin du xixe siècle et destinés aux voyageurs soucieux de pratiquer des activités de plein air56. Elle n’hésite pas non plus, à l’instar d’Albert Dauzat en 1911, à opposer « le voyageur moutonnier et le voyageur express » aux « touristes expérimentés » qui n’ont nul besoin de conseils ni de manuels57 : manière comme une autre de signifier que le regard peut s’éduquer et le touriste apprendre à « voir, comprendre et se souvenir58. »

Parmi ces touristes qui entendent bien se distinguer du « troupeau », il est une catégorie qui émerge dès le début du xixe siècle et qui observe le fonctionnement des nouvelles pratiques de voyage même si elle cherche à s’en distinguer par l’écriture : ce sont les écrivains voyageurs.

À distance de l’art apodémique ? Les écrivains voyageurs ou le modèle malgré lui

Si l’on fait exception de la lettre qui ouvre L’Espagne sous Ferdinand VII d’Astolphe de Custine (1838) et qui entend définir une « poétique des voyages59 », les écrivains du xixe siècle n’ont assurément guère écrit d’arts de voyager : les indications et principes qu’ils peuvent donner sont éparpillés au fil de leurs écrits viatiques, si bien qu’ils ne constituent pas à proprement parler une matière apodémique60. C’est que ces nouveaux venus sur la scène des voyages ont déjà fort à faire pour s’imposer en définissant leur pratique par opposition à deux autres : celle du voyageur « sérieux » du siècle précédent et celle du touriste qui finit par devenir prépondérante au fil du xixe.

Quand Chateaubriand affirme se refuser à marcher sur les traces des voyageurs des Lumières en Orient61, quand Lamartine prétend que le récit de son propre voyage au Levant n’est pas un voyage62, tous deux entendent se démarquer de la tradition viatique qui les a précédés pour instaurer une autre façon de faire et de raconter son périple afin de promouvoir une vision différente du monde, fondée sur l’impression, qui les rapproche des peintres et des autres artistes en les éloignant progressivement de la grande tradition informative du « Voyage » prônée par nombre de leurs illustres devanciers. De leur côté, Stendhal, Nerval, Gautier, Hugo ou Flaubert se positionnent sur un mode plus sarcastique, en moquant les « manies » érudites des voyages savants.

Mais qu’ils donnent à leurs récits viatiques une tournure autobiographique, comme Chateaubriand ou Sand, ou qu’ils aillent jusqu’à renoncer à publier les notes prises en cours de route et à les réserver à leur œuvre en devenir, à l’instar de Flaubert63, les écrivains voyageurs du xixe siècle s’accordent pour se distinguer, par leurs pratiques de cheminement et d’écriture, des touristes qui envahissent progressivement la scène viatique tout au long de la période. Le goût de la flânerie ou de la promenade64, la quête de la « chose vue » imperceptible au voyageur trop pressé, celle d’un rendu impressif aussi proche que possible de la vérité de la sensation et d’un style dont la simplicité apparente est en réalité le fruit d’un travail complexe et de longue haleine65 sont autant de caractéristiques qui offrent à l’écrivain en voyage l’occasion de se démarquer des hordes d’excursionnistes avides de sites remarquables, d’impressions et de souvenirs, matériels ou imaginaires.

Il est toutefois intéressant de constater que, dans la deuxième moitié du xixe siècle et au début du suivant, où la figure de l’écrivain voyageur s’institutionnalise peu à peu66, des considérations et des pratiques apodémiques finissent par se dégager d’ouvrages de portée littéraire qui n’y prétendaient pas forcément de prime abord. La combinaison d’expériences viatiques variées et dispersées dans le temps peut ainsi amener un écrivain à élaborer, de manière plus ou moins consciente, des modèles de voyage présentés comme positifs, desquels le lecteur peut s’inspirer s’il veut partir dans le pays dont il est question. C’est le cas dans L’Altana ou la vie vénitienne (1928) d’Henri de Régnier, fondée sur vingt-cinq années de voyages et de séjours de l’auteur à Venise, qui offre au lecteur une forme de hiérarchie des lieux à visiter en fonction des buts qu’il se fixera, de la durée et de la motivation de son séjour ou de ses centres d’intérêt.

Les récits de voyage des écrivains semblent par ailleurs fournir aux guides, aux auteurs d’anthologies comme aux promoteurs de l’industrie touristique une sorte de manne destinée à nourrir leurs propres productions à visée apodémique. S’élaborent ainsi, souvent à l’insu des auteurs eux-mêmes, des sortes de tableaux tout faits dans lesquels la vision littéraire qui est donnée d’un lieu se trouve consacrée comme un modèle pour le regard des touristes du tournant des xixe et xxe siècles. Sarga Moussa a bien montré de quelle manière, pour décrire Constantinople, le guide Joanne de 1861 prenait sa source dans le récit publié par Gautier en 1853 de son périple dans la ville du Bosphore, parfois cité sans même que l’auteur se donne la peine du moindre commentaire67. Il n’est pas moins surprenant de voir paraître en 1905, sous le titre d’Art de voyager, une sorte de centon composé d’extraits empruntés à une quarantaine d’auteurs, de Virgile à Loti, en passant par Balzac, Sand, les Goncourt, France ou Bourget68. Sur le même modèle, Christian Beck dirige, en 1913-1914, une série intitulée Le Trésor du tourisme au Mercure de France où il présente l’Italie et la Suisse « vues par les grands écrivains et les voyageurs célèbres »69.

La diversification des modes de voyage et des types de voyageurs qui a caractérisé le xixe siècle amène à reconsidérer la notion même d’art de voyager. Les pistes qui ont été tracées en s’appuyant sur des exemples essentiellement français n’ont naturellement aucune prétention à l’exhaustivité et devraient être confrontées à des analyses de cas concrets portant sur de plus larges corpus internationaux. Il n’en reste pas moins que, jusqu’au xixe siècle, la notion d’« art de voyager » véhiculait le plus souvent une connotation morale, dont témoignent les titres de la littérature apodémique dans lesquels l’expression « art de voyager » était très souvent caractérisée : « avec fruit », « bien » ou « utilement »70. Sans que ces qualifications disparaissent totalement dans la période qui nous intéresse, place est faite à des usages spécifiques et adaptés aux besoins de chacune des catégories de voyageurs.

Bien d’autres hypothèses de travail se dégagent. Tout se passe en effet comme si dans la première moitié du xixe siècle se creusait une dichotomie entre la spécialisation à outrance des instructions de voyage et la prise de distance opérée par les écrivains, cependant que les conseils aux voyageurs se réfugient de plus en plus dans les seules parties pratiques des guides de voyage, alors en plein essor. Dans les dernières décennies du siècle, il semble qu’on assiste à un retour de la mode des arts de voyager. Celle-ci tire parfois son inspiration des récits viatiques d’écrivains. Ces derniers auraient ainsi marqué le siècle de leur empreinte en irradiant de leur présence jusqu’à des formes assez populaires d’instruments de voyage, ainsi que le révèle le nombre important d’ouvrages intitulés Art de voyager entre la fin du xixe siècle et le début du suivant. Si cette dernière hypothèse se vérifiait, elle serait la preuve d’un type de circulation des écritures inconnu des siècles précédents, ce qui ne saurait étonner à l’heure où la figure des écrivains se patrimonialise progressivement et où, selon la belle expression de Roland Le Huenen, le récit de voyage entre en littérature.

1 Voir à ce propos Alain Guyot et Francine-Dominique Liechtenhan, « Partir : pour quoi faire ? », Viatica, n° 5, 2018, [En ligne] URL : https://

2 Stéphanie de Genlis, Le Voyageur, ouvrage utile à la jeunesse et aux étrangers, Berlin, J. F. de La Garde, 1800.

3 Mario Pieri, Dei viaggi. Discorso recitato il 26 luglio 1812 nella solenne distribuzione de’ Premi, Milan, Tip. di Gio. Gius. Destefanis, 1812.

4 Alfred-Auguste Cuvillier-Fleury, Réponse au discours de réception de M. Xavier Marmier à l’Académie française, 7 décembre 1871, Paris, Librairie

5 Sur la leçon tirée de ses voyages d’émigration de l’Angleterre à la Scandinavie pendant la Révolution par Jacques-Louis de Bougrenet de La Tocnaye

6 Antoine-André Bruguière, Le Voyageur, discours en vers, Paris, impr. de Guiraudet, 18282 (1re éd. 1827).

7 Alexandre-Maurice Blanc de la Nautte, comte d’Hauterive, Quelques Conseils à un jeune voyageur, Paris, Imprimerie royale, 1826. Voir à ce propos

8 Julian R. Jackson, Aide-mémoire du voyageur, ou Questions relatives à la géographie physique et politique, à l’industrie et aux beaux-arts, etc. :

9 L. Gaudeau, L’Action de la vapeur pour les moyens de transport, ou la Nouvelle manière de voyager, Blois, impr. de C. Groubental, 1846 ; Joseph 

10 A. Draduog [Goudard] de Saint-Clair, L’Art de voyager gratis, Paris, Dentu, 1873.

11 Gilles Boucher de la Richarderie, Bibliothèque universelle des voyages, ou Notice complète et raisonnée de tous les voyages anciens et modernes

12 Voir sur ce thème Arlette Kosch, Le Voyage pédestre dans la littérature non fictionnelle de langue allemande. « Wanderung » et « Wanderschaft »

13 Voir à ce propos Alain Montandon, Sociopoétique de la promenade, Clermont-Ferrand, PUBP, 2000 ; Philippe Antoine, Quand le voyage devient

14 Eugène van Bemmel, Guide de l’excursionniste : De l’Art de voyager, Waterloo, l’Abbaye de Villers, la Meuse de Namur à Givet, la Meuse de Namur à

15 Voir à ce propos les articles cités à la note 1.

16 Voir, entre autres, Louis Portiez [député de l’Oise à la Convention], Des voyages, de leur utilité dans l’éducation, Paris, Impr. nationale, s.d.

17 O. L. Malesch, L’Art de voyager à l’étranger, indications pratiques pour un jeune voyageur, Paris, E. Flammarion, 1899 – avec en complément Ce qu’

18 Pierre-Henri de Valenciennes, Réflexions et Conseils à un Élève sur la Peinture et particulièrement sur le genre du Paysage, placé à la suite de

19 Franz Posselt, Apodemik oder die Kunst zu reisen, Leipzig, 1795 ; Christian Traugott Weinlig, Briefe über Rom verschiedenen, die Werke der Kunst

20 John Coakley Lettsom, Le Voyageur naturaliste, ou Instructions sur les moyens de ramasser les objets d’histoire naturelle et de les bien conserver

21 Sur ce moment essentiel, voir la très suggestive synthèse offerte par Roland Le Huenen dans son article « Le récit de voyage à l’orée du

22 Les Instructions scientifiques pour les voyageurs (XVIIe-XIXe siècle), éd. Silvia Collini et Antonella Vannoni, Paris, L’Harmattan, 2005, p. 159.

23 Voir Sylvain Venayre, op. cit., p. 240-250.

24 Robert Boyle, « General Heads for a Natural History of a Country […] », Philosophical Transactions, 1666, vol. I, p. 186-189.

25 Julian R. Jackson, op. cit. ; David Kaltbrunner, Manuel du voyageur, Zurich, J. Wuster, 1879 [rééd. 1887].

26 Georges Cuvier, « Note instructive sur les recherches à faire relativement aux différences anatomiques des diverses races d’hommes » [1800], cité

27 Voir Sylvain Venayre, op. cit., en particulier p. 241-242, 248-250.

28 Didier Masseau, « Madame de Genlis », dans Le Voyage en France. Anthologie des voyageurs européens en France, du Moyen Âge à la fin de l’Empire

29 Voir supra, note 17.

30 Stéphanie de Genlis, op. cit., p. XXVII et XXIX.

31 Valérie de Gasparin, « Directions pratiques pour le voyage » dans Journal d’un voyage au Levant, Paris, Marc Ducloux et Cie, 1848, t. 3, p. 

32 Jeanne de Flandreysy, L’Art de voyager, Paris, A. Lemerre, 1905 ; Albert Dauzat, Pour qu’on voyage : essai sur l’art de bien voyager, Toulouse, E.

33 Sur les traités et arts de voyager à l’usage des marchands, voir notamment Ars mercatoria. Handbücher und Traktate für den Gebrauch des Kaufmanns

34 Mario Pieri, op. cit., p. 4 : « viaggia il mercadante in traccia di nuove ricchezze, e tutta imbrattata l’anima dall’avidità del guadagno, passa

35 Élisée Lecomte, L’Art du commis voyageur, en vers, Paris, Thoisnier-Desplaces, 18272. Le même auteur avait écrit un Manuel du commis voyageur (

36 Charles-Alphonse Ozanam, Petit Guide des pèlerinages,Paris, C. Bertin, 1864 : l’ouvrage a été amplifié dans une seconde édition parue à Tours (A. 

37 On songe en particulier au Trattato delle sante peregrinationi de Gaspar Loarte (1575) et au Pèlerin de Lorette de Louis Richeome (1604).

38 Guide national et catholique du voyageur en France, avec notices religieuses, historiques et biographiques, pèlerinages, stations balnéaires

39 Il est ainsi particulièrement significatif que Napoléon Chaix sous-titre le guide qu’il publie à Paris en 1854 dans sa « Bibliothèque du voyageur 

40 Didier Masseau, op. cit., p. 541.

41 Stendhal, Journal, 28 juin 1813, dans Œuvres intimes, éd. Henri Martineau, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1955, p. 1235.

42 Sur le rôle que Stendhal attribue aux guides de voyage, voir Gilles Bertrand, « Un voyageur dans le sillage des Lumières. Stendhal lecteur des

43 Ariane Devanthéry, Itinéraires. Guides de voyage et tourisme alpin, 1780-1920, Paris, PUPS, 2016, p. 231.

44 Sylvain Venayre, op. cit., p. 435.

45 Voir Gilles Bertrand, « Europei in viaggio nell’Italia dei musei dopo l’Unità : il caso dei francesi, da Hébert ai lettori del Baedeker », dans L’

46 Napoléon Chaix, op. cit. ; Raymond Balans, Guide pratique pour voyager sans accident, expédier les marchandises sans erreur sur les lignes de

47 Émile Bergerat, Théophile Gautier, Paris, Charpentier, 1879, p. 126.

48 On sait que le déverbal du verbe conforter, de valeur essentiellement morale, était sorti d’usage au xviisiècle et qu’il ne reprit sa place en

49 « Voyager est un art, et nous n’en faisons qu’un plaisir » (Joseph Huguet, op. cit., p. 15). Voir Sylvain Venayre, op. cit., p. 410-411.

50 O.-L. Malesch, op. cit., p. 11-12.

51 L’agence Cook s’enorgueillit ainsi d’avoir introduit, avec son système de « coupons d’hôtels internationaux », « une véritable révolution dans ce

52 Rodolphe Töpffer, « Du touriste et de l’artiste en Suisse » [1837], dans Du paysage alpestre, La Rochelle, Rumeur des Âges, 1994, p. 17. Voir à ce

53 Voir Sylvain Venayre, op. cit., p. 417-418, 452-454.

54 Eugène van Bemmel, op. cit., p. 16. Il n’est pas impossible de percevoir dans les discours contre le mauvais voyageur qu’est le touriste une

55 Sylvain Venayre, op. cit., p. 420.

56 Voir ibid., p. 421 et 589 (note 79).

57 Albert Dauzat, op. cit., p. 10 et 359.

58 « Les Vosges », L’Est-Touriste, Épinal, n° 1, 20 juin 1907, cité dans Sylvain Venayre, op. cit., p. 419.

59 Astolphe de Custine, L’Espagne sous Ferdinand VII, Paris, Ladvocat, 1838, t. 1, p. 90. Voir à ce propos Alain Guyot, « Custine et “la poétique des

60 Sur les cas de Gautier et Flaubert, voir Alain Guyot, « L’art de voyager de Théophile Gautier », Viatica, n° 3, 2016 [En ligne] URL : https://

61 Voir François-René de Chateaubriand, Préface de la première édition de l’Itinéraire de Paris à Jérusalem [1811], éd. Philippe Antoine et Henri 

62 Voir Alphonse de Lamartine, Avertissement du Voyage en Orient [1835], éd. Sarga Moussa, Paris, Champion, 2000, p. 43.

63 Flaubert représente ainsi un cas limite par rapport à la demande d’engrangement de notes et d’impressions prônée par toute la tradition des arts

64 Voir à ce propos Philippe Antoine, op. cit.

65 Selon le mot de Custine, « maintenant il faut avoir plus d’art afin d’en montrer moins » (op. cit., p. 85).

66 À l’instar de Xavier Marmier ou de Pierre Loti (voir à ce propos Sylvain Venayre, op. cit., p. 467).

67 Sarga Moussa, « Gautier et les guides de voyage. L’exemple de Constantinople », Bulletin de la société Théophile Gautier, « “La maladie du bleu” »

68 Jeanne de Flandreysy, op. cit.

69 Voir Sylvain Venayre, op. cit., p. 467.

70 Voir, par exemple, Juste Lipse, De ratione cum fructu peregrinandi, Anvers, 1578 ; François du Soucy, sieur de Gerzan, L’Art de voyager utilement

Notes

1 Voir à ce propos Alain Guyot et Francine-Dominique Liechtenhan, « Partir : pour quoi faire ? », Viatica, n° 5, 2018, [En ligne] URL : https://revues-msh.uca.fr:443/viatica/index.php?id=984 ; DOI : https://dx.doi.org/10.52497/viatica984 [consulté le 21/05/2021] ; Gilles Bertrand, « Du voyage utile et nécessaire », Viatica, n° 6, 2019 [En ligne] URL : https://revues-msh.uca.fr:443/viatica/index.php?id=314 ; DOI : https://dx.doi.org/10.52497/viatica314 [consulté le 21/05/2021].

2 Stéphanie de Genlis, Le Voyageur, ouvrage utile à la jeunesse et aux étrangers, Berlin, J. F. de La Garde, 1800.

3 Mario Pieri, Dei viaggi. Discorso recitato il 26 luglio 1812 nella solenne distribuzione de’ Premi, Milan, Tip. di Gio. Gius. Destefanis, 1812. Voir aussi, outre les deux articles cités à la note 1, Alain Guyot, « Bernardin de Saint-Pierre, du voyageur récalcitrant au voyageur immobile », Revue des sciences humaines, « Homo Viator », n° 245, 1997, p. 117 et suiv.

4 Alfred-Auguste Cuvillier-Fleury, Réponse au discours de réception de M. Xavier Marmier à l’Académie française, 7 décembre 1871, Paris, Librairie Académique Didier et Cie, 1871, p. 61.

5 Sur la leçon tirée de ses voyages d’émigration de l’Angleterre à la Scandinavie pendant la Révolution par Jacques-Louis de Bougrenet de La Tocnaye, et plus largement sur les arts de voyager au tournant du xviiie et du xixe siècle, voir Gábor Gelléri, « Les promenades de La Tocnaye : exil, voyage, survie, transfert », dans Exils et transferts culturels dans l’Europe moderne, Judit Maar et Augustin Lefebvre (dir.), Paris, L’Harmattan, 2015, p. 277-287 ; ainsi que, du même, Philosophies du voyage : visiter l’Angleterre aux xviie-xviiie siècles, Oxford, Voltaire Foundation, 2006, p. 253-255. Nos remerciements vont aussi à l’auteur pour les précieuses suggestions qu’il nous a transmises et dont cet article a largement profité.

6 Antoine-André Bruguière, Le Voyageur, discours en vers, Paris, impr. de Guiraudet, 18282 (1re éd. 1827).

7 Alexandre-Maurice Blanc de la Nautte, comte d’Hauterive, Quelques Conseils à un jeune voyageur, Paris, Imprimerie royale, 1826. Voir à ce propos Gábor Gelléri, Lessons of Travel in Eighteenth-Century France : from Grand Tour to School Trips, Woodbridge (GB), the Boydell Press, 2020, p. 74-84.

8 Julian R. Jackson, Aide-mémoire du voyageur, ou Questions relatives à la géographie physique et politique, à l’industrie et aux beaux-arts, etc. : à l’usage des personnes qui veulent utiliser leurs voyages, Paris, F. Bellizard & Cie, 1834. Cet ouvrage n’est en réalité qu’une version moins développée des instructions de voyage qui seront publiées sous le titre What to Observe; Or the Traveller’s Remembrancer en 1841 : voir à ce propos Charles W. J. Withers, « Science, scientific instruments and questions of method in nineteenth-century British geography », Transactions of the Institute of British Geographers, vol. 38, n° 1, 2013, p. 167-179.

9 L. Gaudeau, L’Action de la vapeur pour les moyens de transport, ou la Nouvelle manière de voyager, Blois, impr. de C. Groubental, 1846 ; Joseph Huguet, Bon voyage, ou l’Art de voyager, au point de vue de l’utilité, de l’agrément, de l’économie, de la santé, de la législation, etc., Paris, F. Girard, 1867.

10 A. Draduog [Goudard] de Saint-Clair, L’Art de voyager gratis, Paris, Dentu, 1873.

11 Gilles Boucher de la Richarderie, Bibliothèque universelle des voyages, ou Notice complète et raisonnée de tous les voyages anciens et modernes dans les différentes parties du monde […], Paris/Strasbourg, Treuttel et Würtz, 1808, t. 1, p. 14.

12 Voir sur ce thème Arlette Kosch, Le Voyage pédestre dans la littérature non fictionnelle de langue allemande. « Wanderung » et « Wanderschaft » entre 1770 et 1850, Berlin, Peter Lang, 2018, 2 vol.

13 Voir à ce propos Alain Montandon, Sociopoétique de la promenade, Clermont-Ferrand, PUBP, 2000 ; Philippe Antoine, Quand le voyage devient promenade, Paris, PUPS, 2011.

14 Eugène van Bemmel, Guide de l’excursionniste : De l’Art de voyager, Waterloo, l’Abbaye de Villers, la Meuse de Namur à Givet, la Meuse de Namur à Liège, Spa et ses environs, l’Ourthe et l’Amblève, le Luxembourg méridional, le Grand-Duché, Trèves et la Moselle, 9e éd., Bruxelles, J. Lebègue, 1884, p. 16. (12e éd. publiée en 1909, revue par Albert Dubois et Joseph Remisch). Voir sur ce point Sylvain Venayre, Panorama du voyage 1780-1920, Paris, Les Belles-Lettres, 2012, p. 159 : comme on le verra, les auteurs de la présente étude sont particulièrement redevables à cet ouvrage et à son auteur de bien des suggestions qu’ils proposent.

15 Voir à ce propos les articles cités à la note 1.

16 Voir, entre autres, Louis Portiez [député de l’Oise à la Convention], Des voyages, de leur utilité dans l’éducation, Paris, Impr. nationale, s.d. Ce texte est commenté et discuté par Gábor Gelléri, Lessons of Travel, op. cit., p. 177-186.

17 O. L. Malesch, L’Art de voyager à l’étranger, indications pratiques pour un jeune voyageur, Paris, E. Flammarion, 1899 – avec en complément Ce qu’il faut savoir d’espagnol pour voyager en Espagne, Ce qu’il faut savoir d’italien pour voyager en Italie, Ce qu’il faut savoir d’allemand pour voyager en Allemagne, tous trois chez le même éditeur, 1900.

18 Pierre-Henri de Valenciennes, Réflexions et Conseils à un Élève sur la Peinture et particulièrement sur le genre du Paysage, placé à la suite de Élémens de perspective pratique à l’usage des artistes, Paris, l’auteur/Desenne/Duprat, an VIII [1799].

19 Franz Posselt, Apodemik oder die Kunst zu reisen, Leipzig, 1795 ; Christian Traugott Weinlig, Briefe über Rom verschiedenen, die Werke der Kunst, die öffentlichen Feste, Gebrauche und Sitten bretreffenden Innhalts, nach Anleitung der davon vorhandenen Prospecte von Piranesi, Panini und andern berühmten Meistern [...] mit Kupfern, Dresde, 1782-1787 ; Johann Daniel Engelhard, Instruction für junge Architekten zu Reisen in Italien, Berlin, Reimer, 1838. Sur les instructions de voyages d’architectes allemands au xixe siècle, voir Stefan Schweizer, « ‘Ein herrliches Bild der Geschichte der Baukunst‘. Architektenreisen zwischen beruflicher Bildung und Epochenimagination (1750-1850) », dans Die Grand Tour in Moderne und Nachmoderne, Joseph Imorde et Jan Pieper (dir.), Tübingen, Max Niemeyer Verlag, 2008, p. 9-30. Nos remerciements vont à Martina Frank pour nous avoir indiqué cette référence.

20 John Coakley Lettsom, Le Voyageur naturaliste, ou Instructions sur les moyens de ramasser les objets d’histoire naturelle et de les bien conserver, Amsterdam/Paris, Lacombe, 1775 [traduit de l’anglais : The Naturalist’s and traveller’s companion, containing instructions for collecting and preserving objects of natural history, Londres, E. and C. Dilly, 1774].

21 Sur ce moment essentiel, voir la très suggestive synthèse offerte par Roland Le Huenen dans son article « Le récit de voyage à l’orée du Romantisme », dans Le Récit de voyage au prisme de la littérature, Paris, PUPS, 2015, p. 105 et suiv. Sur Humboldt en particulier, voir Marie-Noëlle Bourguet, Le Monde dans un carnet. Alexander von Humboldt en Italie (1805), Paris, Éditions du Félin, 2017.

22 Les Instructions scientifiques pour les voyageurs (XVIIe-XIXe siècle), éd. Silvia Collini et Antonella Vannoni, Paris, L’Harmattan, 2005, p. 159.

23 Voir Sylvain Venayre, op. cit., p. 240-250.

24 Robert Boyle, « General Heads for a Natural History of a Country […] », Philosophical Transactions, 1666, vol. I, p. 186-189.

25 Julian R. Jackson, op. cit. ; David Kaltbrunner, Manuel du voyageur, Zurich, J. Wuster, 1879 [rééd. 1887].

26 Georges Cuvier, « Note instructive sur les recherches à faire relativement aux différences anatomiques des diverses races d’hommes » [1800], cité dans Les Instructions scientifiques pour les voyageurs, op. cit., p. 170.

27 Voir Sylvain Venayre, op. cit., en particulier p. 241-242, 248-250.

28 Didier Masseau, « Madame de Genlis », dans Le Voyage en France. Anthologie des voyageurs européens en France, du Moyen Âge à la fin de l’Empire, éd. Jean Goulemot, Paul Lidsky, Didier Masseau, Paris, Robert Laffont, « Bouquins », 1995, p. 541. Voir également Daniel Roche, Humeurs vagabondes : de la circulation des hommes et de l’utilité des voyages, Paris, Fayard, 2003, p. 340 et suiv.

29 Voir supra, note 17.

30 Stéphanie de Genlis, op. cit., p. XXVII et XXIX.

31 Valérie de Gasparin, « Directions pratiques pour le voyage » dans Journal d’un voyage au Levant, Paris, Marc Ducloux et Cie, 1848, t. 3, p. 481-493. Nous remercions Sarga Moussa de nous avoir rappelé l’existence de cet ouvrage et de son auteure, qui invitent à interroger les spécificités d’une pratique féminine des arts de voyager au xixe siècle, sans doute plus présente qu’on ne l’imagine dans le contexte d’un développement général des voyages, qui accorde une place nouvelle aux femmes.

32 Jeanne de Flandreysy, L’Art de voyager, Paris, A. Lemerre, 1905 ; Albert Dauzat, Pour qu’on voyage : essai sur l’art de bien voyager, Toulouse, E. Privat, 1911 ; Gaston Sévrette, Le Tourisme : l’art de voyager et d’utiliser ses vacances, Paris, Colin, coll. « La petite bibliothèque. Série A, Sports et voyages », 1913.

33 Sur les traités et arts de voyager à l’usage des marchands, voir notamment Ars mercatoria. Handbücher und Traktate für den Gebrauch des Kaufmanns, 1470-1820 : eine analytische Bibliographie, Jochen Hoock et Pierre Jeannin (dir.), Paderborn/München/Wien [etc.], Schöningh, 1991, 3 vol. parus ; Cultures et formations négociantes dans l’Europe moderne, Franco Angiolini et Daniel Roche (dir.), Paris, Éditions de l’EHESS, 1995. D’utiles informations se trouvent aussi dans Commerce, voyage et expérience religieuse, xvie-xviiie siècles, Albrecht Burkardt (dir.), Rennes, PUR, 2007.

34 Mario Pieri, op. cit., p. 4 : « viaggia il mercadante in traccia di nuove ricchezze, e tutta imbrattata l’anima dall’avidità del guadagno, passa, senza degnarle di uno sguardo, per le città principali dell’Europa, ed antepone a Roma Trieste, Ancona a Firenze » (c’est nous qui traduisons).

35 Élisée Lecomte, L’Art du commis voyageur, en vers, Paris, Thoisnier-Desplaces, 18272. Le même auteur avait écrit un Manuel du commis voyageur (Paris, Crapelet, 1824).

36 Charles-Alphonse Ozanam, Petit Guide des pèlerinages, Paris, C. Bertin, 1864 : l’ouvrage a été amplifié dans une seconde édition parue à Tours (A. Mame et fils, 1876).

37 On songe en particulier au Trattato delle sante peregrinationi de Gaspar Loarte (1575) et au Pèlerin de Lorette de Louis Richeome (1604).

38 Guide national et catholique du voyageur en France, avec notices religieuses, historiques et biographiques, pèlerinages, stations balnéaires, renseignements divers, cartes, plans et gravures, tables alphabétiques, etc., Paris, Maison de la Bonne Presse, 1900. Sur tout cet aspect, voir Sylvain Venayre, op. cit., p. 397-399.

39 Il est ainsi particulièrement significatif que Napoléon Chaix sous-titre le guide qu’il publie à Paris en 1854 dans sa « Bibliothèque du voyageur » Conseils aux voyageurs en chemins de fer, en bateaux à vapeur et en diligence.

40 Didier Masseau, op. cit., p. 541.

41 Stendhal, Journal, 28 juin 1813, dans Œuvres intimes, éd. Henri Martineau, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1955, p. 1235.

42 Sur le rôle que Stendhal attribue aux guides de voyage, voir Gilles Bertrand, « Un voyageur dans le sillage des Lumières. Stendhal lecteur des guides et récits de voyage en Italie du xviiie et du début du xixsiècle », dans La Culture du voyage. Pratiques et discours de la Renaissance à l’aube du xxe siècle, Gilles Bertrand (dir.), Paris, L’Harmattan, 2004, p. 207-237.

43 Ariane Devanthéry, Itinéraires. Guides de voyage et tourisme alpin, 1780-1920, Paris, PUPS, 2016, p. 231.

44 Sylvain Venayre, op. cit., p. 435.

45 Voir Gilles Bertrand, « Europei in viaggio nell’Italia dei musei dopo l’Unità : il caso dei francesi, da Hébert ai lettori del Baedeker », dans L’Italia dei Musei (1860-1960). Collezioni, Contesti, Casi di studio, Sandra Costa, Paola Callegari et Marco Pizzo (dir.), Bologne, Bononia University Press, 2018, p. 181-191.

46 Napoléon Chaix, op. cit. ; Raymond Balans, Guide pratique pour voyager sans accident, expédier les marchandises sans erreur sur les lignes de chemins de fer sans avoir besoin de renseignements, Paris, E. Bocquet, 1869.

47 Émile Bergerat, Théophile Gautier, Paris, Charpentier, 1879, p. 126.

48 On sait que le déverbal du verbe conforter, de valeur essentiellement morale, était sorti d’usage au xviisiècle et qu’il ne reprit sa place en français qu’à partir de 1815, à travers un emprunt à l’anglais comfort désignant plutôt un état de bien-être physique et matériel. Jusque vers 1850, cet anglicisme s’orthographia indifféremment avec un n ou un m (voir Dictionnaire historique de la langue française, Alain Rey (dir.), Paris, Le Robert, 1998, p. 847).

49 « Voyager est un art, et nous n’en faisons qu’un plaisir » (Joseph Huguet, op. cit., p. 15). Voir Sylvain Venayre, op. cit., p. 410-411.

50 O.-L. Malesch, op. cit., p. 11-12.

51 L’agence Cook s’enorgueillit ainsi d’avoir introduit, avec son système de « coupons d’hôtels internationaux », « une véritable révolution dans ce nous pourrions appeler ‘l’Art du voyage’ » (L’Excursionniste Cook. Journal mensuel des voyageurs, touristes et excursionnistes, 3e année, n° 1, janv. 1883, cité dans Sylvain Venayre, op. cit., p. 443).

52 Rodolphe Töpffer, « Du touriste et de l’artiste en Suisse » [1837], dans Du paysage alpestre, La Rochelle, Rumeur des Âges, 1994, p. 17. Voir à ce propos Susan Pickford, « Métamorphoses de l’excentricité : Rodolphe Töpffer et les Voyages en zigzag », dans Le Voyage excentrique : jeux textuels et paratextuels dans l’anti-récit de voyage, 1760-1850, Lyon, ENS Éditions, 2018 [En ligne] URL : http://books.openedition.org/enseditions/9049 [consulté le 21/05/2021]. Voir en outre Sylvain Venayre, op. cit., p. 414, 444. Sur l’émergence de la figure du touriste et sa dégradation continuelle à partir de la seconde moitié du xixe siècle, on n’oubliera pas non plus, bien entendu, la fameuse étude proposée par Jean-Didier Urbain, L’Idiot du voyage. Histoires de touristes (Paris, Plon, 1991).

53 Voir Sylvain Venayre, op. cit., p. 417-418, 452-454.

54 Eugène van Bemmel, op. cit., p. 16. Il n’est pas impossible de percevoir dans les discours contre le mauvais voyageur qu’est le touriste une résurgence (ou un prolongement) des discours hostiles aux voyages des xviie et xviiie siècles.

55 Sylvain Venayre, op. cit., p. 420.

56 Voir ibid., p. 421 et 589 (note 79).

57 Albert Dauzat, op. cit., p. 10 et 359.

58 « Les Vosges », L’Est-Touriste, Épinal, n° 1, 20 juin 1907, cité dans Sylvain Venayre, op. cit., p. 419.

59 Astolphe de Custine, L’Espagne sous Ferdinand VII, Paris, Ladvocat, 1838, t. 1, p. 90. Voir à ce propos Alain Guyot, « Custine et “la poétique des voyages” », Viatica, n° 2, 2015, [En ligne] URL : https://revues-msh.uca.fr:443/viatica/index.php?id=532 DOI : https://dx.doi.org/10.52497/viatica532 [consulté le 21/05/2021].

60 Sur les cas de Gautier et Flaubert, voir Alain Guyot, « L’art de voyager de Théophile Gautier », Viatica, n° 3, 2016 [En ligne] URL : https://revues-msh.uca.fr:443/viatica/index.php?id=578 DOI : https://dx.doi.org/10.52497/viatica578 [consulté le 21/05/2021] ; Thierry Poyet, « L’art de voyager de Gustave Flaubert », Viatica, n° 4, 2017 [En ligne] URL : https://revues-msh.uca.fr:443/viatica/index.php?id=749 DOI : https://dx.doi.org/10.52497/viatica578 [consulté le 21/05/2021].

61 Voir François-René de Chateaubriand, Préface de la première édition de l’Itinéraire de Paris à Jérusalem [1811], éd. Philippe Antoine et Henri Rossi, Paris, Champion, 2011, p. 137-138.

62 Voir Alphonse de Lamartine, Avertissement du Voyage en Orient [1835], éd. Sarga Moussa, Paris, Champion, 2000, p. 43.

63 Flaubert représente ainsi un cas limite par rapport à la demande d’engrangement de notes et d’impressions prônée par toute la tradition des arts de voyager. À travers sa confrontation avec Du Camp en Égypte se dessine, comme le rappelle Sylvain Venayre, une tension entre le modèle du voyage de l’écrivain qui veut retenir ses impressions pour plus tard et celui, incarné par Du Camp, du voyageur photographe ou journaliste qui entend tout de suite les exploiter (Sylvain Venayre, Écrire ou photographier. Flaubert et Du Camp en Égypte, Grâne, Créaphis Éditions, 2020).

64 Voir à ce propos Philippe Antoine, op. cit.

65 Selon le mot de Custine, « maintenant il faut avoir plus d’art afin d’en montrer moins » (op. cit., p. 85).

66 À l’instar de Xavier Marmier ou de Pierre Loti (voir à ce propos Sylvain Venayre, op. cit., p. 467).

67 Sarga Moussa, « Gautier et les guides de voyage. L’exemple de Constantinople », Bulletin de la société Théophile Gautier, « “La maladie du bleu” », n° 29, 2007, p. 57 et suiv.

68 Jeanne de Flandreysy, op. cit.

69 Voir Sylvain Venayre, op. cit., p. 467.

70 Voir, par exemple, Juste Lipse, De ratione cum fructu peregrinandi, Anvers, 1578 ; François du Soucy, sieur de Gerzan, L’Art de voyager utilement, où l’on apprend à se rendre capable de bien servir son Prince, sa Patrie & soy-mesme, in Les Profitables Curiosités inouïes, Paris, 1650 ; anonyme, L’Art de voyager utilement, Amsterdam, Louis de Lorme, 1698, dont l’avertissement indique d’entrée de jeu : « On a donné au public depuis quatre ou cinq ans plusieurs volumes de Voyages ; mais on ne s’étoit pas encore avisé de donner des maximes pour voyager avec fruit. »

Citer cet article

Référence électronique

Gilles BERTRAND et Alain GUYOT, « Des arts de voyager au xixe siècle ? », Viatica [En ligne], 9 | 2022, mis en ligne le 18 février 2022, consulté le 25 juin 2022. URL : http://revues-msh.uca.fr/viatica/index.php?id=2327

Auteurs

Gilles BERTRAND

E.A. 7421 Laboratoire Universitaire Histoire Cultures Italie Europe, Université Grenoble Alpes

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Alain GUYOT

E.A. 7305 Littératures, Imaginaire, Sociétés, Université de Lorraine (Nancy)

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